Pour une coalition… libéraux-conservateurs !

Ce soir, les deux tiers des Canadiens seront exclus du gouvernement. Encore.

Les sondages les plus récents donnent les libéraux et les conservateurs pratiquement nez-à-nez.

Mais avec tout au plus 31 ou 32 % des voix d’un côté ou de l’autre, cela signifie que deux fois plus de Canadiens auront voté contre le gouvernement que pour le gouvernement.

C’était aussi le cas lors des élections précédentes, en 2019.

Encore pire (et encore une fois), le gouvernement pourrait être formé par le parti qui termine deuxième aux voix. Et le parti avec le plus grand nombre de voix pourrait se retrouver dans l’opposition…

En 2019, les conservateurs d’Andrew Scheer avaient obtenu 34,3 % des voix. Les libéraux de Justin Trudeau avaient fini deuxième, avec 33,1 % des voix.

M. Trudeau a entamé un nouveau mandat en tant que premier ministre. M. Scheer a démissionné de son poste de chef du Parti conservateur, après avoir obtenu le plus grand nombre de voix et mené sa formation à la « défaite ».

Au football canadien, tu as 34 points, ton adversaire 33, tu gagnes serré, mais tu gagnes. Au football électoral canadien… ça dépend.

Je n’ai aucune sympathie pour Andrew Scheer, dont les convictions religieuses me semblent enracinées dans un autre siècle (le 19e, si vous voulez savoir…). Je ne suis pas plus emballé par Erin O’Toole, plus moderne, mais toujours appuyé sur la même base un peu réactionnaire de son parti.

Mais peu importe nos préférences politiques, avouez que ça envoie un drôle de message à l’électeur conservateur, tout aussi canadien que vous et moi: monsieur, madame, vous valez moins qu’un électeur libéral.

Remarquez que les néodémocrates et les verts on le même problème de sous-représentation, en raison de notre mode de scrutin moyenâgeux.

En 2019, le NPD a obtenu 16 % des votes. Ça aurait dû lui donner 54 sièges, si notre mode de scrutin avait reflété les intentions exprimées par les électeurs. Il en a eu 24…

Même chose pour le Parti vert, qui aurait dû avoir une vingtaine de sièges. Il en a eu trois…

Trois, quatre mains sur le volant

Il est à peu près certain qu’aucune des deux partis n’obtiendra les « deux mains sur le volant » à l’issue de la soirée électorale.

Ça semble maintenant être la norme dans la configuration poltitique actuelle : quatre des six dernières élections ont donné un gouvernement minoritaire. En ajoutant celle de 2021, on sera à cinq sur sept. Ça commence à ressembler à une tendance.

Deux grandes tendances politiques dominent la société canadienne. Avec un peu de maturité, nos politiciens pourraient tenter de les concilier.

C’est ce que leurs électeurs font dans la vie de tous les jours : on cherche des voix de passage avec des gens qui ne pensent pas comme nous, pour trouver des solutions avec lesquelles on peut vivre, sans avoir tout ce qu’on veut, tout le temps.

Au lieu de tenter d’enfoncer leur programme dans la gorge des deux autres tiers des parlementaires (et de ceux qui les ont appuyés), les libéraux et les conservateurs pourraient former un gouvernement de coalition.

Donc, un gouvernement libéral avec quelques ministres conservateurs. Ou un gouvernement conservateur avec quelques ministres libéraux, selon le résultat de l’élection.

On pourrait ajouter un ou deux néodémocrates dans le tas. Peut-être un vert. Et pourquoi pas un bloquiste, un coup parti, s’ils sont partants?

Ça représenterait davantage ce qu’est le pays et ce que les Canadiens ont souhaité élire comme gouvernement.

La voie d’Angela

Bien sûr, c’est parfois agaçant de devoir vous entendre avec quelqu’un qui ne pense pas comme vous. Mais la vraie vie, c’est ça aussi. Et ça peut donner des solutions plus durables.

Si des conservateurs contribuent à un plan de réduction des gaz à effet de serre (on peut rêver…), ils seront moins tentés de le déchirer aux élections suivantes.

Si des libéraux contribuent à régler le financement des soins de santé (on peut rêver aussi…), ils pourront difficilement promettre le contraire aux élections suivantes.

Autrement dit, si les deux tiers et plus des Canadiens représentés travaillaient dans le même sens, on aurait plus de chances d’avancer qu’en faisant trois pas en avant et deux pas en arrière aux quatre ans (ou aux deux ans…), comme c’est le cas présentement.

Les gouvernements de coalition sont la norme en Europe. Ça ne montre pas que c’est parfait, mais ça montre que c’est certainement jouable. Et un peu plus mature, aussi.

Même si les coalitions impliquent souvent l’appuient d’un grand parti et d’un autre plus petit (ici, ça serait les libéraux et le NPD, par exemple), une coalition de « grands » partis est tout à fait plausible.

En Allemagne, lorsqu’elle se retirera dans quelques semaines, Angela Merkel aura dirigé sa « grande coalition » pendant dix des seize années de sa chancellerie.

Elle est aussi sans doute la dirigeante européenne la plus compétente et la plus influente qu’on ait vue ces 25 dernières années, peut-être plus.

Ça donne à réfléchir, non?

***

En terminant. Quel est le nom original du Parti conservateur, lors de la formation du Canada en 1867, et jusqu’en 1873?

Le Parti libéral-conservateur.

Toutte est dans toutte.

-30-



Catégories :Démocratie

1 réponse

  1. Scrutin direct ou indirect?
    Notre mode de scrutin, le SMUT (système à majorité simple, unimodal à un tour), cause du mécontentement un peu partout au Canada et y mettre les efforts pour réduire le déficit de démocratie qu’il engendre, demeure nécessaire.
    Les données d’Élections Canada montrent en effet que le SMUT ne produit les résultats escomptés que très rarement. Voir l’encadré ci-dessous. Ce n’est pas différent en 2021.
    Justin Trudeau lui-même avait promis lors de la campagne électorale de 2015 que ce serait la dernière fois que nous voterions selon le mode de scrutin actuel, et que nous allions chercher ensemble une façon de l’améliorer.
    Une fois élu, le gouvernement Trudeau a immédiatement confié à un comité spécial de la Chambre des Communes le mandat de mener un processus de consultation national sur la réforme électorale au Canada. Les citoyens avaient jusqu’au 30 septembre 2016 pour faire part de leurs commentaires et suggestions sur le mode électoral canadien.
    La consultation populaire devait porter sur trois modes de scrutin possible. Le SMUT, un mode de représentation proportionnelle et un système mixte, c’est-à-dire un système qui attribuerait un certain nombre de sièges à la Chambre des Communes sur la base d’une majorité simple et un certain nombre de sièges à un représentant ou une représentante de différents partis politiques en proportion du nombre des voix obtenues dans un second scrutin.
    Or, en plus d’être excessivement compliqué à mettre en place, un système électoral qui attribuerait un certain nombre de sièges à la Chambre des Communes à un parti politique en proportion du % des suffrages exprimés, ne résoudrait pas du tout le problème du déficit de démocratie que l’on attribue au système actuel (c.-à-d. au SMUT).
    Au contraire, il en créerait un plus grand encore du seul fait qu’une proportion des députés seraient dorénavant nommés par les partis politiques eux-mêmes et non élus par le peuple. De plus, un tel changement viendrait chambouler la répartition des sièges à la Chambre des Communes en fonction des régions du pays, ce qui requerrait un amendement constitutionnel.
    Que cette idée n’ait pas trouvé preneur reste donc une bonne nouvelle.
    Une autre façon de formuler la question serait plutôt de se demander si nous voulons un scrutin direct ou un scrutin indirect au Canada.
    Notre système électoral, le SMUT, est un système de scrutin indirect eu égard au poste de premier ministre. On ne vote pas directement pour élire le premier ministre. On vote pour élire des députés. Dans un mode de scrutin direct, les noms des candidats qui se présenteraient au poste de premier ministre seraient inscrits sur un bulletin de vote, et les électeurs feraient directement une croix vis-à-vis du nom du candidat de leur choix.
    La pratique qui veut que ce soit le Gouverneur général qui demande au chef du parti ayant fait élire le plus grand nombre de députés lors d’une élection générale de former le gouvernement, lui attribuant ipso facto le rôle de premier ministre, procède d’une coutume et non de la Constitution canadienne ou de quelle qu’autre loi. En changer, ne nous renvoie donc pas du tout à un amendement constitutionnel.
    Pour codifier une nouvelle pratique de scrutin direct au Canada, le gouvernement pourrait procéder par la voie d’un simple amendement à la loi électorale permettant à un citoyen canadien, chef de parti politique ou pas, de se présenter directement comme candidat au poste de premier ministre, sans devoir se faire élire au préalable comme député dans son comté, à l’instar des municipalités où un candidat à la mairie peut être élu directement comme maire à la majorité des suffrages exprimés, sans pour autant devoir être élu comme conseiller dans son quartier.
    À lui seul, le mode de scrutin direct ne réglerait pas tous les déficits de démocratie qui pourraient survenir. Il y a aussi la façon dont le premier ministre exerce le pouvoir. À cet égard, le scrutin direct pourrait cependant envoyer un message tout aussi clair à la sortie qu’à l’entrée au poste de premier ministre.

    Encadré
    Source : Élections Canada
    • Depuis 1921, un parti n’a obtenu à la fois la majorité des sièges et été soutenu par la majorité des électeurs qu’à trois élections seulement, soit en 1940, en 1958 et en 1984.
    • Par contre, un parti ayant obtenu moins de votes mais un plus grand nombre de députés que les autres, a été appelé à former le gouvernement à cinq reprises, soit en 1925, en 1957, en 1962, en 1979 et, la dernière en liste, en 2019 où les libéraux forment le gouvernement avec 157 députés et 33,06% du vote populaire, tandis que les conservateurs ont récolté moins de députés (121) mais ont recueilli 33,04% du suffrage.

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