Dr Arruda et l’effet du passeport vaccinal

Le nombre moyen de nouveaux cas a baissé d’un peu plus de 45 % depuis son sommet, à la mi-septembre.

Le 15 septembre, le Québec rapportait en moyenne 781 nouveaux cas par jour. En date de jeudi, six semaines plus tard, c’était 419 cas. Une chute de de 45 %.

Quelle en est la cause?

On sait maintenant par expérience que la mise en place (ou le relâchement) d’une mesure sanitaire ou un changement important d’une autre variable affectant la propagation du virus prend environ deux semaines à se faire sentir.

On sait aussi qu’une cassure dans la progression du virus est généralement causée par un changement majeur, et non des mesures à la marge ou progressive (comme une amélioration du traçage, par exemple).

Au Québec, chaque fois qu’une vague a «brisé», c’était suite à une mesure radicale, qui réduisait les contacts par centaines de milliers.

La première vague a été freinée par le confinement. La seconde, par la pause des fêtes, la baisse des cas étant bien observable deux semaines après le début du congé. La troisième vague a été arrêtée par la fermeture des écoles et autres lieux publics dans les régions du Québec où elle avait déferlé.

Qu’est-ce qui a changé depuis le 1er septembre, deux semaines avant la cassure de la 4e vague?

Le retour en classe s’était amorcé quelques jours plus tôt. Personne ne pense que ça a fait diminuer les contacts…

La campagne de vaccination s’est poursuivie et la proportion de Québécois vaccinés a grimpé de quelques fractions de pourcentage chaque jour. C’est évident que ça aide, mais ça semble peu plausible que ça puisse causer une cassure nette de la tendance. À tout événement, au 1er septembre, environ deux millions de Québécois n’avaient pas été vaccinés, un espace considérable pour que le virus puisse continuer à se propager.

Rien n’a changé en ce qui a trait à la ventilation ou aux masques. On n’a pas installé des dizaines de milliers de purificateurs d’air du jour au lendemain dans les écoles et les lieux de travail. On n’a pas non plus distribué des millions de masques N95, ni des combinaisons Hazmat.

Par contre, le passeport vaccinal est entré en vigueur le 1er septembre.

D’un seul coup, des centaines de milliers de Québécois non vaccinés n’avaient plus accès à la plupart des lieux publics. Le réservoir potentiel de propagation du virus venait d’être coupé de moitié, ou à peu près.

Et deux semaines plus tard, le nombre de cas quotidiens commençait à baisser.

***

J’avoue que ça m’a surpris. Je ne doutais pas de l’efficacité du passeport vaccinal. J’en avais soutenu l’utilisation dès le printemps dernier, avant même que la population n’ait pu être entièrement vaccinée, afin de donner un peu d’air aux commerçants, mais aussi à ceux qui avaient été frappés plus durement par la pandémie, nos aînés et nos soignants.

Je croyais par contre, comme beaucoup autres, que cet automne, l’effet du million et plus d’enfants non vaccinés en contact rapproché dans des écoles mal ventilées serait plus important dans la propagation du virus. Ça n’a heureusement pas été le cas. Notre taux élevé de vaccination a sans doute contribué à éviter une recrudescence des cas lors de la rentrée, mais la hausse qui s’était amorcée avant s’est poursuivie.

En l’absence d’effet marqué de la rentrée sur la propagation du virus dans la population en général, l’effet du passeport vaccinal n’en a été que plus visible. Deux semaines après sa mise en vigueur, le nombre de cas quotidiens commençait à chuter, comme le montre le graphique ci-dessus.

Fait intéressant, le nombre de cas dans les écoles a continué à croître pendant une dizaine de jours après le début de la baisse dans la population en général.

Une explication logique pourrait être que les élèves ont continué à se contaminer entre eux, mais que cette contamination a été réduite à partir du moment où les parents non vaccinés ont eu moins d’occasion de le transmettre à leurs enfants, qui ne pouvaient plus ensuite passer le virus à leurs camarades de classe.

Donc, à partir du 15 septembre, ou à peu près, les parents non vaccinés avaient moins de chances d’amener le virus à leurs enfants. Et autour du 25 septembre, le nombre de nouveaux cas dans les écoles commençait à baisser.

Encore là, ça confirmerait l’effet du passeport vaccinal.

Quels « effets pervers »?

J’en viens au directeur national de santé publique, mentionné dans le titre. En avril dernier, Dr Arruda avait minimisé les avantages du passeport vaccinal, et qu’on en « sous-estimait les effets pervers », sans mentionner lesquels. Il s’inquiétait aussi des « enjeux d’opérationnalisation », et n’envisageait tout au plus qu’une « utilisation marginale ».

Six mois plus tard, le passeport a été implanté partout au Québec, sans problème notable et de façon très étendue. On cherche encore aujourd’hui quels en seraient les désavantages significatifs… à part pour ceux qui s’entêtent à ne pas se faire vacciner.

L’utilisation d’une preuve vaccinale pour accéder aux lieux publics est aujourd’hui la norme dans la plupart des pays développés.

Même le premier ministre de l’Alberta, qui ne voulait rien savoir du passeport vaccinal, a fini par changer d’idée. La situation dans sa province, qui était catastrophique, a fini par se rétablir un peu.

Ça serait intéressant de demander à Dr Arruda ce qu’il pense de tout ça.

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Catégories :Covid-19, Gestion de la pandémie

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