Il faut revoir le casting pandémique

Le Québec a besoin d’experts qui ne soient pas trop près du gouvernement, et que ça ne soit pas le gouvernement qui les choisisse.

Les médias sociaux montrent que nous avons été nombreux à utiliser des tests rapides pendant les fêtes pour s’assurer qu’on ne risquait pas de contaminer nos proches.

Compte tenu de la contagiosité du variant Omicron, on s’est probablement évité des milliers de contacts et de cas positifs. C’est une excellente nouvelle.

Le problème est que le gouvernement n’a pas encore compris tout ça. Selon le ministre de la Santé, Christian Dubé, les tests rapides sont inutiles si on n’a pas de symptômes de la covid.

C’est faux, et ça fait des mois qu’on le sait. Selon une métaétude de la librairie Cochrane, les tests rapides détectent 58 % des cas asymptomatiques. C’est moins que ceux qui ont des symptômes (72 %), mais c’est loin d’être négligeable.

L’Ontario, notamment, réserve l’utilisation des tests rapides pour les gens qui se croient à risque d’avoir contracté la covid, mais qui n’ont pas de symptômes. La Nouvelle-Écosse aussi. Les tests rapides sont un filet qu’on tend pour attraper des cas invisibles. Si vous avez des symptômes, c’est un test PCR en bonne et due forme que vous devez passer, afin de ne pas avoir à vous isoler deux semaines pour un rhume.

Les « autotests » sont utilisés depuis le printemps dernier dans plusieurs pays d’Europe, dont l’Angleterre, la France, l’Allemagne et l’Autriche. En Nouvelle-Écosse, on en distribuait dans la rue à la fin de l’été. Cet automne, on pouvait s’en procurer un gratuitement dans les succursales de la Nova Scotia Liquor Corporation, l’équivalent de la SAQ. En Ontario, les tests sont distribués dans les écoles depuis plusieurs semaines.

Au Québec, on a regardé l’Occident au complet les déployer avant de s’assurer de réagir en dernier. Et on a distribué en catastrophe des milliers de tests, juste avant Noël.

Ça commence à être gênant.

***

Les experts du gouvernement, qui sont censés le conseiller sur l’état de la science, sont toujours en retard sur la science, plus encore sur le virus.

Il y a aussi une énorme ligne de fracture entre les experts indépendants et ceux qui conseillent le gouvernement.

Les premiers font la promotion des nouvelles idées de façon proactive. Les seconds avancent le pied sur le frein.

Les premiers acceptent que tout ce qui aide, aide. Les seconds angoissent à l’idée qu’on puisse adopter une solution qui ne soit pas parfaite.

On l’a vu pour les masques, pour les tests rapides, pour la troisième dose, pour les masques N95, et pour la ventilation des écoles, qui n’est toujours pas réglée.

C’est simple, le Québec a un problème de casting. Les experts que le gouvernement écoute préfèrent se tromper en ne faisant rien qu’en tentant quelque chose.

C’est probablement la bonne approche quand on fabrique une bombe atomique. Dans une pandémie, c’est mortel.

Sans personnaliser le débat, à ce stade-ci, on doit nommer des personnes. Parce que ce sont des personnes qui occupent les fonctions, et que ces personnes ont une influence déterminante sur les décisions de nos élus.

***

Jeudi dernier, le gouvernement tenait un breffage technique sur l’utilisation des tests rapides. La séance était tenue par Dre Marie-France Raynault, conseillère médicale stratégique senior au ministère de la Santé.

Six mois après le déploiement massif des tests rapides dans d’autres pays et provinces, Dre Raynault persiste et signe : les tests rapides doivent être d’abord utilisés par des gens qui présentent des symptômes.

Dre Raynault est dans les patates, scientifiquement parlant. Elle cite une étude qu’elle ne semble pas comprendre.

Ce n’est pas la première fois.

En mai 2020, Dre Raynault disait qu’il n’existait pas de preuves scientifiques de l’efficacité du masque. C’était faux. Il y en avait, à propos des coronavirus, et avant la pandémie.

En juin 2021, un an après qu’on avait déterminé que la covid se propageait principalement par les aérosols, Dre Raynault croyait encore aux vertus des plexiglas.

On ne pourra pas reprocher à Dre Raynault de ne pas être constante…

D’autres experts, sans être à l’emploi du gouvernement, sont néanmoins dans son giron rapproché. Ils partagent certains travers.

C’est le cas de Dre Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue très médiatisée depuis le début de la pandémie. Dre Quach a été parmi les premières à demander l’adoption généralisée du port du masque. Par contre, elle a longtemps résisté à l’adoption des tests rapides, qui avaient pourtant montré leur utilité ailleurs dans le monde. Comme si le Québec était sur une autre planète.

Dre Quach, qui siège au comité sur l’immunisation du Québec, a aussi tardé à endosser l’idée de la 3e dose au Québec, pendant que plusieurs experts et professionnels de la santé demandaient qu’on appuie sur l’accélérateur.

Le Québec est aujourd’hui l’avant-dernière province pour le nombre de troisièmes doses administrées en proportion de la population. Seule l’Île-du-Prince-Édouard est derrière nous. Dre Quach n’est pas la seule responsable de cet état de fait, mais elle y a certainement contribué.

La 3e dose aurait pu donner un coup de main contre le variant Omicron, ainsi que pour protéger celles et ceux qui nous soignent.

Un autre expert qui a contribué à retarder le groupe est Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique. Fin novembre, quand on lui a demandé si ça pouvait être une bonne idée de devancer la troisième dose puisqu’un nouveau variant s’en venait, Dr De Serres n’en voyait pas l’utilité puisqu’on revérifiait l’efficacité du vaccin… aux deux mois. Pourquoi, en effet, regarder ce qui se passe devant nous si on peut conduire en utilisant le rétroviseur?

Un animateur lui a demandé si justement, deux mois, ça n’était pas un peu long dans une pandémie qui bougeait vite, et si on ne risquait pas de regretter de ne pas avoir agi de façon préventive. Dr De Serres est resté imperturbable.

Dr De Serres ne voyait pas non plus d’utilité à rendre les tests rapides disponibles dans la population. On pourrait rater des cas, alors pourquoi prendre la chance qu’on puisse aussi en trouver et prévenir une partie de la transmission?

Moins d’un mois plus tard, avant que Dr De Serres ait pu réviser ses données, le feu était pris. Le gouvernement lançait l’opération pour la troisième dose afin de tenter de battre de vitesse le variant Omicron. On annonçait aussi en catastrophe la distribution de tests rapides dans les écoles, et quelques jours plus tard dans les pharmacies. Merci, Dr De Serres.

***

Ça fait des mois que ça dure, et c’est toujours la même chose : chaque fois qu’une nouvelle idée fait surface, les experts qui conseillent le gouvernement trouvent toujours une bonne raison de retarder son adoption.

Et on finit toujours par le faire une fois qu’on est dans le pétrin, mais on n’en récolte alors les bénéfices que tardivement, et partiellement, alors qu’on est tout de même pris à ramasser les dégâts.

C’est terriblement réactif.

Le champion de la recommandation pour l’enfonçage épidémiologique de portes ouvertes après le fait reste cependant Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique.

Dr Arruda a résisté pour le port du masque, pour les tests rapides, le passeport vaccinal, le port du masque N95, entre autres. Et la damnée ventilation.

Les gifs animés représentant Dr Arruda en train de se palper le visage et de s’ « autocontaminer » sont devenus viraux. Le « faux sentiment de sécurité » est devenu une justification caricaturale et prévisible pour refuser toute nouvelle mesure qui pourrait nous aider un peu. Pour les masques N95, cruciaux pour ceux qui travaillent dans les hôpitaux, Dr Arruda pense encore qu’un masque chirurgical bien ajusté peut faire un meilleur travail qu’un masque N95 qui ne le serait pas. C’est faux. Tout le monde le sait. Sauf lui.

(Accessoirement, il faudrait que quelqu’un explique à Dr Arruda qu’un masque N95 est un peu plus simple à enfiler qu’une combinaison spatiale…)

En tous les cas, il a fallu que la Commission des normes, de l’équité de la santé et de la sécurité du travail intervienne deux fois pour que les travailleurs de la santé puissent avoir accès à des masques qui les protègent adéquatement contre le virus. Le gouvernement en a 15 millions en réserve. Est-ce qu’on les gardait pour la prochaine pandémie?

Et à ce jour, Dr Arruda ne considère toujours pas que la transmission par aérosols est le mode principal de propagation de la covid, même si ça fait plus d’un an qu’on le sait, même si nos écoles primaires mal ventilées sont devenues le principal lieu de transmission du virus cet automne.

Quand la santé publique est devenue complètement débordée la semaine dernière, tant pour le traçage que le dépistage, Dr Arruda a aussi eu le culot de dire que « c’était prévu » qu’on allait passer en « autogestion » avec les tests rapides.

La réalité, c’est que les tests rapides sont devenus une solution de pis-aller, plutôt qu’une mesure additionnelle de prévention. Et que c’est Dr Arruda qui a retardé leur déploiement pendant des mois!

En somme, à part pour la ventilation des classes – qui n’est toujours pas réglée -, le gouvernement du Québec a fini par faire pratiquement tout ce que Dr Arruda recommandait de ne pas faire. Mais plus tard.

Pourquoi le paie-t-on, déjà?

***

La pandémie n’est pas terminée, le variant Omicron nous l’a montré à la dure.

Le gouvernement du Québec n’est pas responsable de l’arrivée d’un variant hypercontagieux, mais il est responsable de nous préparer le mieux possible aux surprises relativement prévisibles que peut nous réserver une pandémie, surtout une fois rendus à la cinquième vague, surtout quand des dizaines d’experts et professionnels de la santé, sur le terrain, le pressent de s’activer depuis des mois.

Ces dernières semaines, en particulier, ça a été un échec retentissant. Ce n’est pas normal qu’on en soit rendus à supplier le gouvernement pour qu’il nous permette d’utiliser les outils que des provinces voisines emploient contre le virus. Mais c’est pourtant ce qui se passe depuis un an.

En fait, mis à part pour la vaccination, qu’aucune juridiction n’a échouée et qui est surtout le fait de chacun d’entre nous, on a souvent été plus chanceux que compétents.

Si personne n’avait vu venir les coups, ç’aurait été une chose.

Mais hors du gouvernement, une tonne d’experts l’ont vu venir. Pour la troisième dose, ça faisait des semaines. Pour les tests rapides, ça faisait un an. Pour la ventilation dans les écoles, c’était depuis la rentrée… 2020.

Les experts qui oeuvrent dans l’orbite gouvernementale ont sans doute bien des qualités personnelles et professionnelles, que personne ne remet en cause.

Manifestement, pour combattre une pandémie, il leur manque quelque chose. Une tolérance raisonnable à l’essai et à l’erreur. Une acceptation des solutions imparfaites. Et, surtout, une capacité à agir de façon décisive sans détenir toutes les certitudes quant au résultat. Parce que dans une pandémie, une fois qu’on a toutes les certitudes, il est trop tard.

Il est plus que temps de revoir notre casting pandémique, de s’arranger pour que les nouveaux experts ne soient pas trop près du gouvernement, et que ça ne soit pas le gouvernement qui les choisisse.

La Commissaire à la santé, la Protectrice du citoyen et la coroner Géhane Kamel (qui enquête sur la gestion de crise dans les CHSLD) se sont montrées à la fois perspicaces et indépendantes dans leur évaluation des divers aspects de la crise. On pourrait leur demander de choisir un comité d’experts qui conseillerait le gouvernement pour la suite des choses et sortir de tout ça la direction de la santé publique, qui n’a jamais montré qu’elle avait les compétences requises.

Oh, et cette fois-ci, allons donc chercher Joanne Liu. Et en s’excusant de lui avoir claqué la porte au nez, il y a vingt mois.

-30-

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Catégories :Covid-19, Gestion de la pandémie

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37 réponses

  1. Jusqu’ici, le Covid-19 a fait deux fois plus de morts (par million d’habitants) au Québec que dans les provinces anglophones du Canada.

    Ce fiasco ne s’explique pas seulement par la fragilisation de nos établissements de Santé causée par la réforme Barrette et le sous-financement chronique des CHSLD.

    Il s’explique également par le combat rétrograde de la Santé publique du Québec contre le port du masque, contre les tests de dépistage rapides, et contre les purificateurs d’air de type HEPA. Bref, contre tout ce qui aurait pu nous protéger.

    En prévision d’une pandémie complètement différente qui pourrait survenir un jour, il nous faut mettre en place des mécanismes qui feront en sorte que les autorités sanitaires, même aussi incompétentes que celles d’aujourd’hui, seront encadrées de manière à prendre les meilleures décisions possible.

    Pour instituer cela, il nous faut comprendre les lacunes actuelles et envisager les moyens d’y remédier.

    Voilà pourquoi il faut instituer une enquête sur le fonctionnement interne de la santé publique du Québec.

  2. Le meilleur papier que j’ai pu lire depuis le début de la pandémie.
    Sans aucun détour, des vérités sont mises à nue. Vous identifier et dénoncer les incohérences de certains responsable de la Santé Publique du Québec. Vous identifier des mauvaises décisions ce qui je crois unique dans le monde journalistique fortement subventionné par le gouvernement. Identifier et dénoncer est indispensable pour apporter des corrections a notre système de santé publique qui est lui même malade.

    • Merci!
      Pense pas que les subventions aient à voir, plutôt une réticence générale à pointer des individus au Québec. On n’aime pas la chicane.
      Mais parfois, faut tout de même nommer les choses, sans tomber dans les insultes.

  3. Excellent article.

    J’ajouterais à la liste le fait qu’ils ont aussi longtemps maintenu que les enfants n’étaient pas des vecteurs de transmission.

  4. Merci d avoir écrit, ce qui se discute dans plusieurs maisons. A ce point, l’égo semble l emporter sur la logique et la science.

    • Le gouvernement a formé un nouveau comité, avec des gens de terrain cette fois-ci. Ça commence à bouger dans le bon sens. Enfin!

    • Un grand quotidien américain publie une liste des pays ayant le plus de cas par 100,000 habitants. Si on exclue les pays comme Monaco, le Québec serait septième avec 112 cas par 100K.
      Les gestionnaires de fonds sont évalués par leur capacité d’offrir des rendements supérieurs à la moyenne. Si on appliquait ce principe à la santé publique québécoise, on aurait fait le ménage il y a longtemps. Il n’y a pas de honte à demander de l’aide à des experts internationaux de divers pays et de les rémunérer grassement. On sauverait des millions et des milliers de vies.

  5. Vous avez tout à fait raison. Oui, « il faut revoir le casting pandémique ». Vous présentez des faits, vous donnez des noms. C’est tout à votre honneur. Chapeau! Très rares sont ceux au Québec qui se risquent publiquement à s’interroger sur l’amateurisme ou l’aveuglement du gouvernement de M. Legault et de ses multiples conseillers (en première ligne H. Arruda). Vous auriez pu ajouter cette poignée de microbiologistes, médecins, urgentologues, toujours les mêmes, qui défilent à la télévision sur une base quasi quotidienne, qui changent d’idées d’un jour à l’autre, sans oublier ces très grands spécialistes en microbiologie, virologie et épidémiologie que sont Patrick Lagacé, Richard Martineau, Sophie Durocher, Denise Bombardier, Mario Dumont, etc. Où diantre sont passées la compétence, l’excellence, la connaissance… Et la modestie de savoir qu’on ne sait pas tout et de reconnaître nos erreurs?

  6. Je suis heureux de constater votre clairvoyance; évidemment c’est pas facile au milieu du combat d’élaborer des stratégies gagnantes. Mais n’avoir pas recruté Dre Johanne Liu qui a une expérience reconnue dans ce genre de situation fut une bourde monumentale: quel entraineur laisserait un Wayne Gretzki sur le banc?
    Quant au bon dr arruda, j’ai toujours cru qu’il « avait plus de mousse que de chocolat »

  7. Il faut combattre mais aussi prévenir .. le système de santé est lui même malade depuis une certaine réforme.. tout ce que le gouvernement mets en place est pour gérer le pauvre système de santé.
    Mais que fait il pour améliorer ce système??

  8. Très bel article. Concernant les tests rapides, la santé publique ne comprends pas que la personne asymptomatique qui fait un test rapide qui donne un « faux » négatif » va continuer de toute façon à circuler et il y a donc un aussi grand risque de propagation (tout ce qu’on aura sauveravec les directives de la santé publique, c’est le coût d’un test); donc faire un test rapide qui donne un faux négatif n’empire absolument pas la situation. Tant mieux si on évite toutes les personnes asymptomatiques qui auront eu un vrai positif et qui autrement aurait continuer à circuler en ne réalisant pas qu’ils ont la covid. Je comprends qu’en raison du manque de tests rapides (qui est du à la lenteur du gouvernement), on ne veuille pas que les gens s’autotest à chaque jour ou 2 jours, mais on aurait du au minimum encourager les gens à s’autotester avant les rencontres de Noel et après se garder une certaine restriction. Avec la santé publique, on dirait que c’est toujours tout l’un ou tout l’autre, rien entre les deux.

    Concernant les ratés de distribution, ça ne prends pas un diplôme en logistique pour réaliser que de commencer la distribution des tests en pharmacie lundi le 20 décembre pour Noel était beaucoup trop tard. 4 millions de tests, ça semble beaucoup, mais c’est uniquement 800 000 personnes qui les ont reçus. Le gouvernement fédéral avait commandé 100 millions de tests rapides en juillet, oui vous avez bien lu, en juillet. Je ne veux pas faire de politique, mais aller blâmer le gouvernement fédéral pour la lenteur des livraisons à quelques jours de Noel, c’est un peu « cheap ».

  9. Mille fois merci.
    Il était grand temps qu’on rétablisse les faits et qu’on cesse de nous infantiliser.
    Nous lisons et regardons ce qui se passe ailleurs, et nous constatons à quel point certaines décisions retenues par nos spécialistes ont eu des conséquences désastreuses.
    Quant à la Santé publique du Québec, elle devrait s’excuser officiellement et se garder une
    petite gêne compte tenu que nous avons eu le record mondial des décès lors de la première vague. On se doit de revoir l’équipe de direction et les façons de faire. Ça urge!
    Michel Lefebvre

  10. Merci! Je commençais à être désespèré par l’absence de critiques articulés et réfléchies. Je vais certainement soutenir votre blogue.

  11. Voilà quelqu’un qui nomme bien les choses. Bravo ! Mais dans tout ce portrait bien tracé de nos failles (monumentales) en santé publique face à cette pandémie, vous en oubliez une qui, comme le notait justement Johanne Liu en début de pandémie, est cruciale: le traçage de contacts et les applications numériques essentielles à son déploiement efficace. Vous souvenez-vous de l’application de traçage de contact MILA développée par les experts en IA de l’U. de Montréal ? Rejetée elle aussi parce que jugé mesure non-essentielle ! Ou encore, trop intrusive… comme le port du masque selon Arruda au début de l’épidémie.

    Et pourtant. Si, en lieu de faire comme le trio Legault-Dubé-Arruda et de nous comparer toujours aux États/provinces qui vont pire que nous, on se comparait à ceux qui font beaucoup mieux, comme Taiwan, le pays qui s’en tire mieux que tous les autres (voir https://www.cdc.gov.tw/En ) ? Hier, c’était 23 cas seulement (tous importés de l’étranger et constituant le plus haut nombre de cas de l’année!), et toutes les éclosions ont été ou sont contrôlées, même quand ce pays a fait l’erreur de procéder trop lentement avec la vaccination. 850 décès seulement depuis le début de la pandémie, pour une population de 23.5 M confinée sur un tout petit territoire qui en fait la 15e plus dense au monde. Ce pays n’a pratiquement jamais imposé de confinement, fermé les écoles primaires et secondaires, manqué de matériel de protection (ils nous ont même fait cadeau de dizaines de millions de masques en début de pandémie), vu des entreprises devoir fermer temporairement, etc. Et son économie voit une croissance reprendre à un taux de 6 % en fin 2021.

    Et le tout sans manquer de débat démocratique sur chacune des 124 mesures mises en place pour « contrer » l’épidémie.
    Pour en savoir plus :
    1) Article de deux cerveaux de Microsoft :
    How Civic Technology Can Help Stop a Pandemic

    https://www.foreignaffairs.com/articles/asia/2020-03-20/how-civic-technology-can-help-stop-pandemic

    2) Propos récents du ministre de la santé de Taiwan

    https://www.nature.com/articles/s41590-021-00908-2

    Notez qu’un autre pays qui s’en tire bien, la Nouvelle-Zélande, a très tôt dans cette pandémie consulté le ministère de la Santé de Taiwan et y a dépêché des émissaires de sa santé publique pour en tirer des stratégies de contrôle efficaces.

    Cependant, on ne peut comparer notre système de santé à celui de Taiwan. Nous en sommes encore au fax et à des années lumières en retard sur ce pays dont le système de santé est classé 1er ou 2e au monde devant ou derrière le Danemark, selon qu’on se réfère à l’étude de GPS (CNN Fareed Zakaria) ou celle de l’Intelligence Unit de la revue The Economist. Mais cela est un tout autre sujet…

    On peut argumenter qu’on me peut se comparer à ces deux pays insulaires qui peuvent contrôler leurs frontières plus facilement que nous. Certains commentateurs l’on fait. Mais rappelez-vous que pendant un certain temps, c’est exactement ce que le Nouveau-Brunswick a fait, avec un grand succès initial malgré le tollé de protestations des province avoisinantes.

    N’empêche, sans traçage de contacts efficace on ne peut tout simplement pas stopper une épidémie. La cheffe de la santé publique de Montréal (que j’admire) n’en disait pas moins il y a quelques jours quand elle s’avouait maintenant impuissante à dénombrer le « vrai » nombre de cas par manque de moyens de dépistage et de traçage de contacts !

    En avril et mai 2020, après avoir entendu Arruda dire qu’il n’y avait pas d’études prouvant l’efficacité des masques, la nature aérosol de la bibitte, ou encore l’efficacité d’une meilleure ventilation, je suis tombé au bas de ma chaise. Fâché. J’ai alors envoyé des liens utiles à ce monsieur ainsi qu’à Legault et McCann par le biais de leurs sites officiels. Je n’ai reçu aucun feedback d’eux.

    Au final, des études probantes sur ces sujets et bien d’autres vont bon train depuis la crise du SRAS en 2003 (et autres maladies respiratoires transmissibles par aérosols qui déferlent depuis) en Asie, particulièrement en Asie de l’Est. Elles sont souvent aussi publiées en anglais et dans d’autres langues indo-européennes dans de nombreuses revues scientifiques de renom. Le site du CDC de Taiwan (aussi bon que le CDC de nos voisins) en recense plusieurs. Beaucoup d’entre elles sont en fait le fruit de collaborations internationales, et ce, particulièrement dans le cas de Taiwan, dont énormément de spécialistes de la médecine/santé publique ont été formés aux niveaux supérieurs aux É.-U., en France, en Allemagne ou en Angleterre.

    Ici, il semble que ce sont surtout les membres de COVID-Stop (https://www.covid-stop.ca/) qui ont bien compris cela et se donne la peine de sortir du cadre de références scientifiques semble-t-il xénophobe de M. Arruda.

    Alors, si on s’inspirait vraiment des contrées ou on fait vraiment mieux, et pas celles qui font pire qu’ici ?

    PS : j’ai vécu 20 ans à Taiwan, incluant la période du SRAS, agissant les dix dernières de ces années comme Conseiller étranger au ministère des Affaires étrangères de ce pays, et plus tôt, en tant qu’architecte de la campagne de lobby international pour la réadmission de Taiwan à l’OMS menée par la Medical Professionals Alliance of Taiwan (MPAT), une ONG comptant alors (1996-97) quelques 1200 membres, à 95 % médecins de formation.

    • Bien d’accord pour le traçage de contacts. J’y suis déjà revenu il y a quelques mois, mais plus personne ne veut en entendre parler, apparemment. C’est vraiment dommage.

      • Prenez le temps de lire l’article des deux cerveaux de Microsoft.

      • Bonsoir Patrick,
        Avez-vous, oui ou non, pris la peine de lire l’article des gens de Microsoft?
        Le traçage de contact n’est pas le peu de ce vous en connaissez et dont vous avez discuté ailleurs.
        Il s’inscrit dans un ensemble de stratégies visant à stopper une épidémie, qui fonctionnent.
        Nous pourrions discuter de bien des choses, mais je ne le ferai pas sur ce blogue, qui est, cependant, inestimable.

  12. Merci de dire ce que plusieurs constatent depuis longtemps et de faire le travail que les partis d’opposition à Québec et la majorité des journalistes semblent incapables ou refusent de faire, pour des raisons qui m’échappent. Dans ma seule famille à Noël, les tests rapides ont évités deux situations potentiellement dangereuses. Mais ces tests, que j’ai décidé d’obtenir après avoir constaté leur utilisation massive à l’extérieur du Québec, j’ai travaillé fort pour les avoir! Incurie, c’est le seul mot qui me vient à l’esprit pour décrire l’action de ce gouvernement et des ses « experts ».

  13. Bonjour,
    Bien que je sois d’accord avec votre analyse en général, je ne partage pas votre opinion sur Dr Deserres. Il a été un des premiers (au niveau mondial !) à suggérer de retarder les 2e doses de vaccin pour vacciner un maximum de personne. Je pense qu’on peut considérer cela comme un bon coup.

    Voir son commentaire dans le New England Journal of Medicine de février 2021

    J’avoue par contre ne pas être au courant de ses interventions sur la 3e dose et les tests rapides.

    Bel article par ailleurs, merci !

    Louis-Octave Roussy

    https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMc2036242

  14. Covid-19: Il est essentiel d’obtenir cette enquête publique.

    Enfin, je vois que certaines personnes osent nommer les lacunes du système de santé. Depuis le tout début de la pandémie, j’avais perdu confiance en M. Arruda, lorsqu’il avait déclaré le port du masque inutile. Puis, ont suivi toutes les autres mauvaises décisions.

    Le gouvernement avait en main, un document préparé en 2006, suite à l’épidémie de SRAS, lui indiquant la marche à suivre en cas de pandémie. Ce plan a-t-il été consulté? S’il l’a été, ce fut bien tardivement, avec toutes les conséquences du retard à le mettre en place.
    Une enquête publique nous le dira.

  15. Je partage votre analyse de la situation en termes de gestion de la pandémie. Toujours trop peu, trop tard… et parfois jamais, comme pour la ventilation dans les écoles. Mais pour votre casting à revoir, j’ajouterais les grands patrons, notamment le ministre Dubé qui continue de marteler le message sur la supposée inutilité des autotests (alors qu’on sait que le motif derrière ce message est l’incapacité de s’approvisionner), le ministre Roberge, qui a carrément tout fait pour induire en erreur la population quant à la qualité de l’air dans les écoles et qui a failli à son rôle premier, protéger les enfants dans les écoles, et le grand patron en chef, M. Legault, qui continue d’accorder sa confiance en des personnes qui ne la mérite pas, et qui continue d’en imposer plus facilement à la population qu’à ses troupes, rejetant toute responsabilité quant à sa piètre gestion de la pandémie.

  16. Je suis bien d’accord avec vous. Concernant le D. Haruda, j’ai toujours un malaise voire une gêne lorsqu’il prend la parole. Son incompétence est encore plus évidente par son manque de synthèse et sa tentative d’utiliser un jargon qu’il pense être scientifique pour nous le cacher.
    Si on parle de proactivité, pourquoi nous n’entendons donc pas plus parler du médicament « Paxlovid » de Pfyser. 80% de réduction de décès et d’hospitalisation. Santé Canada examine tranquilement pas vite ce produit alors que les États-Unis ont autorisé son utilisation la semaine dernière. C’est une urgence!! M.Legault devrait mettre de la pression sur M.Trudeau pour qu’il avise santé Canada que nous sommes en pandémie!!

  17. Vous frappez dans le mille M. Déry, le niveau d’incompétence scientifique des « experts » qui conseillent le gouvernement est accablant. C’est un sujet qu’on discute avec nos proches depuis des mois, mais il est plus que temps que les journalistes et chroniqueurs s’en mêlent car les conséquences nous touchent tous plus ou moins durement.

    A commencer par M. Arruda: « si vous le permettez, ce qu’il faut comprendre c’est que je tente d’expliquer des choses que je ne comprends pas vraiment car les courbes sont affectées par les éléments etcetera etcetera … ». Au secours!! La pandémie n’était pas vieille de deux semaines que déjà je fermais le son du téléviseur quand il prenait la parole aux conférences de presse. Aucun scientifique sérieux ne s’exprime avec un vocabulaire aussi vague, cela trahit le fait qu’il ne maitrise pas du tout ce dont il parle. La santé publique est un vaste domaine, peut-être a-t-il une expertise sur d’autres sujets, mais en ce qui concerne la virologie, l’immunologie et l’épidémiologie, il n’obtient pas la note de passage.

    Dès les premiers mois, j’ai eu l’impression d’en savoir plus sur les bases scientifiques de la pandémie que ces experts, seulement en consultant quelques articles scientifiques à temps perdu et en m’informant de la situation dans d’autres pays. Que ce soit sur les modes de transmission, la vaccination, les masques, … C’est à se demander si ces experts comprennent bien l’anglais?

    Sur certains points c’est clair qu’ils ne changeront plus d’idée publiquement, car d’admettre leurs erreurs serait une démonstration évidente de leur incompétence. A ce point-ci si j’étais le premier ministre, je demanderais à chacun des spécialistes qui me conseillent s’ils croient que le virus se transmet par aérosols. Tous ceux qui répondraient non se verraient montrer la porte sur le champ. Une grande partie des mesures de prévention vont à l’encontre de ce fait démontré, et on voit bien l’effet dévastateur dès que le virus circule en plus grand nombre.

    Est-il trop tard pour changer le casting? Auront-ils l’humilité et le courage de le faire, compte tenu des risques que cela pourrait causer sur des réputations, des carrières, sur la crédibilité du gouvernement, et peut-être même sur leurs responsabilités légales (comme ce fut le cas avec l’ex-ministre de la santé en France qui fait l’objet de poursuites judiciaires)? J’ai personnellement peu d’espoir, surtout en voyant le déroulement de l’enquête publique sur les décès survenus dans les CHSLD. Un jour les faits seront rétablis, nous écouterons les analyses aux émissions Découverte ou Enquête, mais il sera trop tard, les dommages auront été faits.

  18. Très bon texte Patrick. Ça résume bien la situation. Que de chemin fait depuis la boutique de jeu vidéo. Je suis impressionné par ton parcours atypique. J’en profite pour te souhaiter une bonne année 2022.

  19. SKI ALPIN ET MASQUE…
    Le port du masque est suggéré et non obligé dans les centres de ski…

    Mais quand j’attends en ligne avec femme et enfants (3) pour installer ma bulle dans le télé siège et que le port du masque est juste suggéré alors qu’à peine 1 à 2 pieds me sépare de l’autre bulle de skieurs je dis : « LE PORT DU MASQUE DOIT ÊTRE OBLIGATOIRE »

  20. On sait que la COVID n’a pas la même sévérité selon l’âge. Au moment où la propagation augmente exponentiellement avec Omicron, que le personnel de la santé est aussi sévèrement atteint et que le service de santé à la population se dégrade, il faudrait commencer à penser à la segmentation des mesures.

    Jacques Desmeules

  21. Il y a certainement un problème de proactivité à la santé publique, mais il y a certainement une résistance majeure dans le système de santé qui prêche à la fois une décision et son contraire. Il faut du leadership et de l’accountability dans le réseau.

    1. En 2021, directive du ministère de délester la prise en charge, interdire la nouvelle prise en charge, pour ensuite quelques mois après dénoncer la paresse des médecins pour la prolongation de la liste du GAMF.

    2. Pendant que l’on déleste dans toutes les sphères de la premières lignes en santé, pendant qu’on coupe dans les chirurgies faute de personnel… On continue de refuser l’aide des diplomés étrangers: médecins étrangers, infirmières étrangères…

    Il y a eu en 2021 75 places en résidence (stages) en medecine de famille, mais on a tout de même refuser l’accès à une centaine de médecins dîplomés à l’étranger, qui ont complété leurs examens d’équivalence, leurs examens linguistiques et qui n’attendent que ces stages pour pouvoir pratiquer. Le personnel est là, c’est comme si on ne le voulait pas… On parle de 425 places laissé vides en 8 ans. Si ces 425 places auraient été prises. +/- 425 000 patients de plus aurainet eu leur médecin… soit plus que la totalité de la liste d’attente du gamf en avril 2018 ( voir les stats sur le site de la ramq)… le gamf aurait été vidé prépandémie…

    3. Comme vous l’avez mentionné le problème de ventilation dans les écoles qui est connu mais qu’on ne semble pas vouloir régler.

Rétroliens

  1. Covid-19 : la nécessité d’une enquête au sujet de Santé publique du Québec | Blogue de Jean-Pierre Martel
  2. Ce qu’il reste de notre solidarité – Le blogue de Patrick Déry

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