Le Québec compte 36 % de « wokes »

Le premier ministre François Legault et le chef du second groupe d’opposition, Gabriel Nadeau-Dubois, ont eu une passe d’armes à propos de la loi 21, qui interdit à certains employés de l’État le port de signes religieux (juges, procureurs, policiers et enseignants).

Pour M. Legault, celui qui soutient la loi 21 « défend sa nation ». Les autres sont des « wokes ».

Selon le premier ministre, l’expression « woke » désigne un Québécois qui est contre l’idée de défendre la nation québécoise, ses valeurs, ses compétences.

Un chroniqueur très prisé du premier ministre a parlé des wokes comme des « âmes perdues » à qui on doit « tendre la main ».

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On ne refera pas ici le débat sur la loi 21 dans ce billet, mais que disent les données?

Combien y a-t-il d’ « âmes perdues » au Québec et dans le reste du Canada, en prenant comme critère de démarcation la position face aux mesures-phares de la loi sur la laïcité?

Selon deux sondages réalisés à l’été 2019, peu après l’adoption de la loi 21 (sous le bâillon), près des deux tiers des Québécois, soit 63 %, sont favorables à l’interdiction des signes religieux pour certains employés de l’État.

Aux fins du graphique, en utilisant la formulation du premier ministre, appelons-les « défenseurs de la nation ».

À l’inverse, un peu plus du tiers des Québécois (36 %) ont exprimé leur désaccord envers la loi 21.

Aux fins du graphique, appelons-les « wokes ».

(Environ 1 % des Québécois sont indécis.)

36 %, c’est quand même beaucoup de Québécois qui seraient contre l’idée de « défendre leur nation ».

Ça semble par contre insuffisant pour le premier ministre considère qu’il s’agisse d’un point de vue légitime. M. Legault devrait peut-être considérer qu’il a été élu avec 37 % des voix…

Également, puisque seulement 13 % de la population du Québec est née à l’étranger, il doit y avoir pas mal de Tremblay, de Simard et de Gagnon parmi les non-défenseurs de la nation.

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Qu’en est-il du reste du pays?

Apparemment, la Canada est constitué majoritairement de « wokes », puisque 56 % de la population du pays (en incluant le Québec) s’oppose à l’interdiction des signes religieux pour les employés de l’État.

En excluant le Québec, la proportion de Canadiens opposés à l’interdiction des signes religieux monte à 62 %, contre 37 % pour. C’est « woke » d’un océan à l’autre.

Et ce n’est pas que l’Ontario, ni la très éveillée Colombie-Britannique.

60 % et plus de la population de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba (pris ensemble) sont en désaccord avec l’idée d’interdire le port de signes religieux aux employés de l’État. Même chose pour les Maritimes et Terre-Neuve.

Personnellement, je n’avais pas vu dans les provinces atlantiques ou les prairies de l’Ouest un terreau fertile pour le « wokisme », mais il semble que ce soit le cas.

Le Plateau-Mont-Royal, Caraquet, Saskatoon : même combat. Nous sommes cernés par les « wokes ».

C’est encore pire aux États-Unis. Ça fait déjà quelques années que les turbans et les hidjabs sont officiellement intégrés à l’uniforme de l’armée américaine.

L’armée américaine. Bastion du wokisme. Qui l’eut cru!

Sans blague, j’ai peine à voir ce qui pourrait sortir de bon du fait que le premier ministre accuse plus du tiers de la population qu’il gouverne d’être contre la défense de leur propre nation, de leur patrie, de la société dans laquelle ils vivent et à laquelle ils prennent part.

Et, apparemment, d’en faire un marqueur politique entre les bons Québécois et les mauvais Québécois.

Il serait peut-être temps de rehausser un peu le débat.

-30-

Note : aux fins du graphique, j’ai fait la moyenne des deux sondages pancanadiens, Nanos et Forum, qui donnaient des résultats très semblables.



Catégories :Démocratie, Identité

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  1. La citation du jour – Le blogue de Patrick Déry

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