Qu’est-il arrivé à Alerte COVID?

Dans la lutte contre la covid, le traçage des cas est une opération essentielle.

C’est quoi le traçage? Lorsqu’un cas positif est détecté, des employés de la santé publique tentent de retrouver les gens ayant été en contact avec la personne infectée.

Quand on est tous enfermés à la maison ou isolés dans des bulles-classes, c’est relativement facile. Si on est allé au gym, au cinéma, au restaurant et au bar dans les deux jours qui ont précédé un test positif, ça devient plus compliqué pour les trouveux de contacts.

Au Québec et à bien d’autres endroits, le traçage des cas se fait à la mitaine. Pas avec le fax, quand même, mais avec le téléphone, utilisé essentiellement de la façon imaginée par Alexander Graham Bell il y a près de 150 ans.

C’est un long et fastidieux. Et avec les hausses de cas récentes, certaines directions régionales de santé publique ne fournissent plus. À Montréal, on recherche entre 200 et 400 enquêteurs pour donner un coup de main au traçage. À Laval et en Montérégie aussi, on veut embaucher.

Ça ne sera pas facile de trouver des gens avec le profil (scientifique) recherché en pleine pénurie de main-d’œuvre.

En plus, c’est se donner pas mal de trouble. Pour rien.

La Corée du Sud a montré que l’utilisation des technologies peut s’avérer très efficace pour limiter la propagation de la covid, quoique leur utilisation était parfois un peu invasive. N’empêche, La Corée a une fraction de nos morts, pour une population six fois plus importante, et ils ont conservé beaucoup plus de liberté que nous dans la poursuite de leurs activités quotidiennes depuis le début de la pandémie.

En Corée, on n’a jamais fermé les restaurants. Pensez-y…

L’Angleterre : 28 millions de téléchargements

L’Angleterre, elle, a recours à une application de contact. Le principe est simple. Vous installez l’app sur votre téléphone, et vous attendez.

Si vous avez été en contact avec un cas positif au cours des jours précédents, l’app va vous le signaler. Si vous testez positif, on va vous donner un code unique à entrer dans l’app, qui va envoyer à son tour un signal à vos contacts. Si le test est négatif, ça s’arrête là.

Ça se fait tout seul, sans intervention humaine, et c’est gratuit. Le code, ouvert, a été fourni par Apple et Google, qui ont déjà plein de données sur vous et moi, mais qui ont promis de n’en recueillir aucune grâce à l’app.

Chez Apple et Google, on s’est simplement dit : on est forts en tech, plein de gens passent la journée avec un de nos bidules dans les mains, on va essayer d’aider.

En Angleterre, les élus et la population ont embarqué.

En date du 31 août, presque 28 millions d’Anglais ont téléchargé l’application NHS COVID-19, soit la moitié de la population (Angleterre et Pays de Galles).

Une étude de la revue Nature a montré qu’un « ping » envoyé par l’application de contact évitait en moyenne un nouveau cas.

En juillet 2021 seulement, en Angleterre, l’app a signalé plus d’un millions de contacts – et donc de cas potentiels. L’épidémie de contacts a causé un manque temporaire de main-d’œuvre, qui a donné lieu au terme « pingdemic », contraction entre le « ping » – le contact –, et mot « pandemic » (pandémie).

Mais la croissance des cas a été freinée.

Quand on évite des cas, on évite des hospitalisations, on évite de surcharger nos soignants et on évite du délestage supplémentaire. On évite aussi des morts. Même quand les trois quarts de la population sont vaccinés.

(Les cas ont remonté ensuite en Angleterre, notamment en raison de la rentrée scolaire, mais aussi parce que l’Angleterre n’impose à peu près plus aucune mesure sanitaire).

Le Canada : 7 millions de téléchargements… et peu d’utilisation

Le Canada a aussi son appli de contacts, Alerte COVID. Le principe est le même que celle de l’Angleterre : vous testez positif, on vous donne une clé, vous entrez le code, et le vos contacts potentiels reçoivent un signal.

Les données ne sont pas partagées. Elles restent sur le téléphone, et s’effacent au bout de deux semaines.

En théorie, c’est super.

En pratique, ça n’a jamais fonctionné chez nous. L’app, développée par Apple et Google (comme en Angleterre) et mise à la disposition des provinces par Ottawa, a fait l’objet d’une guéguerre entre le fédéral et les provinces.

L’Alberta a préféré développer sa propre patente. Ça a été un flop monumental. Le gouvernement du Québec a mis en doute l’utilité de l’app… tout en tentant de trouver un développeur local.

Au Québec, les trois partis d’opposition ont inventé toutes sortes de dangers imaginaires, incluant la protection de la vie privée et de sombres machinations lucratives, alors que l’app a été développée précisément de façon à ce que ça ne soit pas un enjeu, et sans but lucratif.

Honnêtement, ça donnait l’impression de revenir 70 ans en arrière, quand les gens se mettaient chic devant la télé parce qu’ils croyaient qu’on les voyait de derrière l’écran…

Au bout de deux mois, Québec a retourné sa veste. Un million de Québécois l’ont téléchargée dans les jours qui ont suivi, mais l’app, peu promue par le gouvernement et peu utilisée par la santé publique, est tombée en désuétude.

À force de répéter que ça ne servirait à rien, et de s’arranger pour que ça arrive, on a fini par avoir raison.

***

En date d’aujourd’hui, moins de 7 millions de Canadiens ont téléchargé COVID Alerte, un chiffre qui n’a pratiquement pas bougé depuis le début de 2021.

Environ 31 millions de Canadiens possèdent un téléphone intelligent. Tous ne sont pas assez récents pour faire rouler l’app, mais la plupart devraient l’être. Du côté d’Apple, l’app supporte maintenant un iPhone 5s, un appareil sorti en 2013

En Angleterre, où on l’a téléchargée 28 millions de fois, l’app NHS COVID-19 a envoyé a plus de 6 millions de « pings » à des contacts potentiels. Elle a permis de retracer et de valider près de 2 millions de cas positifs avant qu’ils ne se causent davantage de transmission.

L’app est également au moins deux fois plus efficace pour retracer des contacts que l’enquêteur qui suit les traces de Graham Bell. En plus de faire ça pour zéro dollar l’heure…

Au Canada, en date de septembre 2021, on a entré 35 000 clés pour activer l’app et notifier des contacts potentiels. En étant généreux, ça donne entre 100 000 et 200 000 notifications potentielles et peut-être 50 000 cas évités, en étirant.

La pandémie n’est pas terminée. On a des vaccins, mais ça ne règle pas tout. Il peut y avoir d’autres vagues. Les hôpitaux peuvent encore se remplir, des chirurgies peuvent être annulées, des classes peuvent être fermées. Ça arrive présentement partout au pays. Même au Québec.

Là, on a un outil gratuit, qui fonctionne, et attend seulement qu’on l’utilise. On peut arrêter de faire le traçage au fax, au pic et à la pelle?

Si nos politiciens – de tous partis, fédéraux et provinciaux – veulent se rendre utile et sauver des cas, des hospitalisations, de la covid longue et des vies, ils devraient répéter chaque jour de télécharger Alerte COVID.

Je ne retiens pas mon souffle.

-30-



Catégories :Covid-19, Gestion de la pandémie

1 réponse

  1. En Corée du Sud, l’application de traçage n’avait pas pour but de prévenir les contacts, mais pour faciliter la surveillance policière du respect de la quarantaine.

    Dans l’étude anglaise que vous citez, il y a eu 96% de faux positifs. Si toutes ces personnes s’étaient mises en quarantaine, l’économie britannique aurait été paralysée.

    Grâce au Ciel, seulement 28% de la population britannique l’a utilisée…

    Technologiquement, il est impossible que ces applications fonctionnent. Voilà pourquoi elles ont toutes été des échecs.

    Référence: Covid-19 : les outils de recherche de contacts

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