
Ce texte a aussi été publié dans Le Devoir.
Une vérité peut être désagréable à entendre. Ça ne la rend pas moins vraie.
Il y a quelques semaines, le président du Collège des médecins a rappelé à ses membres que leurs moyens de pression contre la loi 106 pouvaient affecter les patients. Des médecins ont pété les plombs. Vendredi dernier, quelques milliers d’entre eux ont voté une motion de blâme contre le président de leur ordre professionnel.
On peut chipoter sur l’écart entre les propos du Dr Gaudreault et la formulation du Code de déontologie des médecins, mais ça ne change pas l’essentiel : l’article 16 interdit bien toute « action concertée de nature à mettre en danger la santé ou la sécurité d’une clientèle ou d’une population ». La cessation de l’enseignement entre directement dans cette catégorie.
L’article 15 du même code oblige d’ailleurs les médecins à « aider le développement de la profession par le partage de ses connaissances » avec « les résidents et les étudiants en médecine ». Il ne prévoit pas d’exception pour les médecins mécontents d’une négociation collective.
L’article 3 est aussi clair : « Le médecin a le devoir primordial de protéger et de promouvoir la santé et le bien-être des individus qu’il sert, tant sur le plan individuel que collectif. »
Les médecins n’aiment pas l’entendre, leurs représentants syndicaux encore moins, mais il n’y a aucun doute que cesser l’enseignement met des patients en danger. L’effet est facile à concevoir en multipliant le millier de futurs médecins qui terminent leurs études chaque année par le nombre de patients que ces médecins verront chaque jour quand ils commenceront à pratiquer.
Si une formation en médecine vaut quelque chose par son contenu et sa durée, et si cette formation transmet ce qui est nécessaire pour bien soigner les patients, l’écourter ou l’alléger signifie que des connaissances ne seront pas transmises. À la marge, ça fait une différence pour chaque nouveau médecin. Pris ensemble, ça fait une différence pour des centaines de milliers de patients. L’expérience va finir par compenser, mais au départ, une partie de la formation sera manquante.
Si les moyens de pression devaient retarder le début de la pratique médicale d’une nouvelle cohorte — ce qui semble de plus en plus probable —, le résultat est encore plus facile à concevoir : on ne peut pas être soigné par un médecin qui n’existe pas encore.
Dans un système de santé au bord de l’implosion, plombé par une population vieillissante et les départs à la retraite des soignants, chaque nouveau médecin est une bouée de sauvetage. Dans une mer en furie, si on enlève des bouées, des gens vont se noyer.
Il existe un autre principe central à l’exercice de la médecine : primum non nocere. D’abord, ne pas nuire. Quand les médecins font dans le militantisme, ils nuisent. C’est non seulement possible que des patients en souffrent, mais qu’ils en meurent.
***
Au Québec et ailleurs au pays, on a décidé d’avoir moins de médecins que la plupart des pays développés et de les payer beaucoup plus cher. Ce n’est pas la faute des médecins individuellement, mais les fédérations médicales sont en partie responsables des ressources énormes — près de 9 milliards — accaparées par la rémunération d’un nombre relativement peu élevé de médecins.
Face à la catastrophe qui s’annonce, le gouvernement tente des manœuvres désespérées. Comme on ne peut cloner des médecins, on tente d’optimiser leur travail. Depuis des années, les données montrent de façon répétée que la hausse de rémunération délirante dont les médecins ont profité n’a pas amélioré l’accès aux soins, et l’a peut-être même diminué.
Le gouvernement veut lier 15 % de la rémunération des médecins à leur performance. Cette approche n’est probablement pas la meilleure et les médecins ont raison de la contester. La voie choisie par les syndicats de médecins reste indéfendable du point de vue déontologique.
C’est aussi une question de responsabilité et de décence. Le médecin de famille québécois moyen gagne près de 300 000 $ par an. Pour les spécialistes, c’est en haut de 400 000 $. Bien des médecins gagnent beaucoup plus. Oui, les médecins en clinique ont des dépenses; vous n’en croiserez quand même pas souvent aux banques alimentaires. Oui, certains médecins travaillent très fort; beaucoup de Québécois travaillent aussi très fort sans avoir des revenus assurés dans les six chiffres élevés.
Les 15 % de la rémunération potentiellement assujettis à des indicateurs de performance représentent environ 40 000 $ pour les médecins de famille et 60 000 $ pour les médecins spécialistes, en moyenne. Dans le pire des cas, une application impitoyable d’une pénalité de 15 % laisserait les médecins très confortablement dans la zone des plus privilégiés parmi les privilégiés d’entre nous.
À la limite, compte tenu de l’État de nos finances publiques, de l’ampleur de la rémunération médicale et du coût de la vie moins élevé au Québec, le gouvernement pourrait être justifié de simplement couper 15 %. Mine de rien, ça libérerait plus d’un milliard chaque année. Les besoins ne manquent pas.
C’est injuste qu’un employeur puisse imposer de telles conditions? Les médecins ne sont pas des travailleurs ordinaires. D’autres métiers et professions sont essentiels. Mais même parmi les plus indispensables, on en compte peu qui, de façon quotidienne, peuvent faire la différence entre la vie et la mort d’un individu.
Ça vient avec certains privilèges. Un statut social enviable, un emploi garanti à vie, une rémunération cinq à dix fois plus élevée que la moyenne des ours, un (faux) statut d’entrepreneur à client unique, qui permet de payer moins d’impôts. Ça vient aussi avec un fardeau et une responsabilité morale : on est des millions à dépendre de vous.
Vous pouvez protester. Vous pouvez contester. Vous pouvez faire valoir que l’approche préconisée par le gouvernement n’est pas la meilleure (et en proposer une qui nous aide vraiment, svp).
Vous pouvez demander que les points litigieux soient tranchés par un tiers neutre. Vous pouvez attaquer légalement l’approche du gouvernement. Vous pouvez payer toutes les publicités que vous voulez pour faire passer vos messages (mais n’attendez plus trop de sympathie parce que nous, pauvres mortels, avons vraiment notre voyage de toujours attendre et souffrir en silence). Par contre, vous ne pouvez pas employer des moyens de pression qui, même indirectement, viendraient compromettre la santé et la sécurité de vos patients.
C’est vrai que ce gouvernement n’est pas particulièrement compétent, mais on pourrait dire la même chose des autres avant lui. Au moins, il essaie de faire ce qui aurait dû être fait il y a 10, 20, 30 ans. C’est aussi un peu votre faute, ou en tout cas la faute de ceux qui vous ont représentés et qui ont été davantage guidés par des intérêts économiques et corporatistes que par l’accès aux soins et l’adoption des meilleures pratiques. C’est plate que ça tombe sur vous, mais c’est encore plus plate pour nous.
Vous faites partie de nos meilleurs, soyez à la hauteur.
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Catégories :Santé
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Il ne faut pas croire tout ce qui est dit. C’est un peu la raison pourquoi la critique envers le président du cmq était si sévère. Les médecins connaissent le code de déontologie et la portée de celui-ci. Les représentant du collège eux, sont perçues comme étant des experts en le domaine. Exemple. Un médecin qui travaille dans une région éloigné où il n’y a pas d’étudiant n’est pas considéré fautif par rapport à l’article sur l’aide et le partage des connaissances aux étudiants. Il y a plein de nuances comme celle là, tout comme un enseignant à l’école de médecine qui prend des vacances n’est pas fautif non plus.
Dans ce cas ci, le président du collège a mal communiqué au publique que tout moyen d’action concertée soit proscrite sans mentionner les nuances connues. Bien que le collège des médecins a rapidement envoyé un communiqué pour corriger l’erreur du président dans une comminication aux membres sans le dire publiquement. Le mal a été fait et la mauvaise information continue de circuler à ce jour d’où la raison pour lequel un groupe de médecin ait demandé au CMQ un mécanisme pour que dénoncer les manquements par des membres du CA du collège des médecins.
L’autre information erronée. C’est la notion que la grève actuelle impacte les patients. Dans les milieu d’enseignement, le fait d’avoir un étudiant ralentit le patron et baisse son rendement. L’étudiant ne fait pas d’acte individuel et quand l’étudiant contribue au processus, l’enseignement fait en sorte que le patron au net, même avec les étudiants, voit moins de patients que s’il n’avait pas d’étudiant. ( je ne parle pas des résidents qui ne sont pas touché par la grève). Donc la grève d’enseignement à court terme donne plus de soins aux patients et pas moins.
L’autre nuance c’est que oui, si les stages des étudiants au québec est retardé ça peut mettre en retard l’entrée de ceux ci en résidence (spécialité), mais ce n’est pas vrai par contre que ça va se traduire en résidents qui vont finir plus tard et donc retarder l’entrée en pratique des médecins autonomes. La réalité c’est que la sélection en résidence, est un concours pan-canadien. Donc en gros, même si les étudiants actuels ne n’obtiennent pas à temps leur dîplome. Les places en résidences au québec vont quand même se remplir à la date prévu avec des etudiants de d’autres provinces, des étudiants québécois qui nont pas été sélectionné l’année d’avant et des médecins étrangers et ce à moins que l’universite decident de retarder elle meme le debut en choisissant un finissant quebecois plutot qu’un medecin d’une autre province.
L’autre grosse fausseté vehiculé c’est comment le gouvernement décrive leir projet de loi. Bien que le gouvernement le présente comme ub projet majeur pour « changer » le mode de rénumération des médecins et pour « pénaliser » les
médecins parresseux.
La réalité c’est que 1. La quasi totalité des médecins sont déjà payé à capitation (un % à l’acte et un % pour l’inscription). Le PL106 ne va pas changer drastiquement mais plutot ajuster des parametres existants.
2. Le projet de loi ne pénalise pas les médecins paresseux mais plutot tous les médecins.
En ce moment le mode de renumeration est par capitation avec un gros % à l’acte. Donc le medecin qui ne travaille pas ne recevra pas d’argent pour les actes. Celui qui en fait beaucoup est mieux payé. Le PL 106 va changer ce modele.
Si on regarde le document de travail du gouvernement:
https://www.tresor.gouv.qc.ca/44?tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Bnews%5D=645&cHash=8b188671b8cc0e842d1dcb57085846b1
Les chabgemebts suivants sont prévues.
Reduction de la renumeration à l’acte (ça n’encourage pas la performance)
Ajout de tarif horaire (n’encourage pas plus la performance
Et 50% payé via capitation mais au milieu de soin plutot qu’au médecin. Concretement que le médecin travaille beaucoup ou pas : le volet capitation lui sera retiré et payé au milieu de soin.
Exemple1. Médecin qui travaille au clsc
Le nouveau volet de capitation ferait en sorte qu’un 50% projeté du revenu du médecin va être envoyé au clsc plutot qu’au médecin. Le clsc ne redistribut pas cet argent au medecin et n’engagera probablement pas d’autres professionnels non plus. Ça sera plutôt pour éponger des déficits ( pas de service de plus à la population et au net le medecin perd 50% de son financement). La mesure de performance du govuernement donnerait un bonus/ malus sur le volet de capitation donc au montant qui va au clsc. En d’aufres mots. Si le medecin est performant ou pas, ça donnerait du financement ou pas à son clsc. Ça changerait rien au revenu du medecin qu’il garde pour lui.
Exemple 2. Le medecin qui travaille en gmf ou en clinique non clsc. Même chose. Les mesures de performances vont determiner si le milieu de soin ( qui nappartient souvent pas à des medecins) recoivent des subvention ou non. Et s’il y a des subventions, le contrat des medecins envers leur clinique ferait ensorte qu’ils doivent payer le loyer ibdiquer dans le bail pareil. Donc ça change rien à la vie du medecin.
En d’autres mots. Tous les medecins sont pénalisé et la mesure de performance donne une subvention à un etablissement ou clinique qui n’a rien à avoir avec le revenu du medecin.
Une autre fausse info. La rumeur comme quoi avec le montant par capitation : les cliniques pourraient engager plus de monde. Si on regarde le montrant octroyer au milieu de soin par trimestre par patient vert ( la majorité des québécois). On parle de 2.86$ par patient. Concrètement ça veut dire que pour une infirmiere d’experience embaucher à 65$/h (si on inclut les cotisations de l’employeur), si l’infirmiere passe plus de 2.64 min/ trimestre la clinique deviendrait déficitaire pour ce patient ppur ce trimestre. On parle d’un financement qui n’encourage pas d’embaucher plus de monde, mais plutot d’engager moins. Contrairement au gouvernement une clinique qui roule à deficit va fermer un jour.
L’autre fausse presomption que les milieux de soins vont avoir interet à travailler plus fort pour avoir plus de financement. Vu que l’atteinte des objectifs est principalement basè sur des objectifs régionaux. Ça fait en sorte que les milieux de soins performants seraient pénalisé par les milieux de la même région qui sont moins performants. l’inverse est vrai aussi, un milieu de soin qui ferait presque rien aurait aussi un bonus en fonction du travail des autres milieux de soins de la même region qui sont plus performants.
Donc rendu là même les milieux de soins avec le modele du gouvernement ont très peu d’incitatif à performer.
Oui les quebecois sont mal servi. Ce qu’on entend par contre pas.
1. Le nombre de patients sans medecin de famille augmente depuis la pandémie, mais personne parle du fait qu’il y avait eu une directive du sous ministre d’arrêter la prise en charge pour se concentrer sur l’acces au soins ponctuels durant la covid.
2. la fin de cet avis n’a pas été bien communiquer aux medecins. Donc plusieurs pendant longtemps pensaient que le gouvernement prohibait toujours la prise en charge.
3. Avec l’avis sous ministeriel, il y avait un gel de la prise en charge donc les médecins ne pouvaient prendre des paitents de la liste d’attente. Plusieurs continuaient de prendre des patients mais ils devaient le faire hors de la liste. Le gouvernement a part contre bloqué cet façon de prendre en charge les patients avecleur loi qui empeche les medecins d’inscrire en dehors du GAMF (liste d’attente provincial)
Les sommes investies une bonne partie ont été des sommes utilisé pour refuser des soins plutot que pour donner des soins.
Exemple le CRDS (centrale de rdv des specialistes du quebec). Faute de disponibilite de rdv chez les horaires surchargées des specialistes. Plusieurs des nouveaux employés engage par le crds passent leur temps à repondre aux appels des patients et leur dire d’attendre (offrant ainsi aucun soin ou rdv supplementaire au patient)
Merci pour votre synthèse. Elle résumé très bien ma pensée. Il y a un peu de genèse de la situation et une vision de société, enfin. Je pourrais croire que vous étiez dans ma tête.