Superman, « woke » depuis 70 ans

Superman a été vu en train d’embrasser un garçon dans une bande dessinée. C’est assez pour que l’univers de certains s’écroule.

Imaginez, Superman s’attaquera même aux inégalités sociales et aux changements climatiques, et il s’intéressera même au sort des réfugiés. Horreur!

Superman est devenu « Superwoke »!

😱

Mais qu’est-ce qui se passe, pour vrai?

D’abord, le Superman original, Clark Kent, est encore hétéro. Mais il est occupé ailleurs.

Son fils Jonathan a repris le flambeau, le costume moulant et la cape qui vient avec. Jonathan se découvre bisexuel (comme sa mère, Lois Lane…) et se prend d’affection pour un garçon. Dans le numéro de novembre, on verra Jonathan, dans l’uniforme orné du S emblématique, embrasser son copain. L’image est sortie cette semaine.

Est-ce que le symbole qu’est l’homme d’acier s’ajuste à son époque? Bien sûr, et le phénomène n’a rien de nouveau chez les super-héros.

Captain America, un symbole de l’idéal américain, a été personnifié par un Noir pendant un moment il y a quelques années dans les bédés, maintenant à la télé, et bientôt au cinéma. Une incarnation prochaine de Captain America sera gaie.

Aquaman est gai. Idem pour Batwoman. Le plus récent Robin – l’acolyte de Batman – est bisexuel.

Superman a été Noir trois fois. La dernière fois, il combattait les inégalités sociales sous les traits d’un personnage inspiré par Barack Obama.

Chaque fois qu’un superhéros dépasse un peu la case dans laquelle on l’avait tracé, quelqu’un qui se cherche une raison d’être fâché crie au scandale de l’autre côté de la frontière. Surtout chez ceux qui ne lisent pas de comic books…

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On peut trouver ce genre de transformation opportuniste et qu’elle dénature le héros que l’on a connu. On peut aussi voir ça comme une évolution normale.

Quand les versions originales de ces personnages ont été créées, la plupart dans les années soixante, ou même avant (Superman a 83 ans bien sonnés…), l’Amérique était vue, menée et racontée par des hommes blancs hétéros. Ce n’est pas un jugement, seulement un fait. Et les superhéros ont été presque exclusivement des hommes blancs hétéros pendant quelques décennies.

Les femmes étaient des exceptions. Les Noirs, les gais et les bisexuels étaient inexistants.

Aujourd’hui, des hommes et des femmes de toutes les couleurs et de toutes les orientations sexuelles racontent des histoires de toutes les couleurs et de toutes les orientations sexuelles. Ils dépeignent leur monde surréel à l’image du monde réel, tel qu’il l’est aujourd’hui, et non tel qu’il l’était il y a 60 ou 80 ans. 

Même quand les idéateurs de culture populaire étaient presque exclusivement des hommes blancs, ils se sont servis de leurs créations pour aborder des sujets sociaux et faire avancer des idéaux progressistes. L’art est généralement un peu plus « woke » que la comptabilité. C’est comme ça.

À la fin des années soixante, Stan Lee et Jack Kirby, deux fils d’immigrants juifs très blancs, ont créé Black Panther, le premier super-héros Noir, et Falcon, le premier super-héros afroaméricain, et ami proche de Captain America. 

Quelques années plus tôt, Lee et Kirby avaient aussi créé les X-Men, des héros ostracisés en raison de leur origine. Certains y ont vu des parallèles avec les origines juives de leurs créateurs. D’autres, avec la lutte pour les droits civiques.

Pourquoi justement ne pas créer de nouveaux héros, plutôt que de changer la nature des icônes que l’on connaît depuis longtemps?

Ça arrive parfois. D’autres superhéros ont été gais dès leur création. Certains se sont mariés sous le regard approbateur de leurs amis superhéros hétéros. Ça a fait parler.

Mais ça a plus d’impact quand, justement, on touche à quelque chose qu’on croyait intouchable. Comme Superman, ou plutôt l’uniforme, puisqu’il s’agit aujourd’hui de son fils. Et c’est aussi plus réaliste. Parce que dans la vraie vie, les hommes gais ou bisexuels ne naissent pas que de pères gais ou bisexuels.

Donc, pour que leurs histoires soient crédibles, les auteurs de comic books reproduisent des situations réelles. Ça peut aussi aider des ados mal à l’aise avec leur sexualité à faire face à leur père, qui est peut-être à leurs yeux aussi fort que Superman.

Remarquez que le Superman original, Clark Kent, aurait lui-même pu sortir du placard. Ou Captain America. Ou Batman. Ça arrive, ça aussi. 

Des modèles hollywoodiens d’hétérosexualité à l’écran se sont finalement révélés gais dans la vraie vie. Un paquet d’hommes ordinaires aussi, après des années à vivre une vie qui n’était pas la leur. Alors pourquoi pas un super-héros?

Ou sont devenus une femme. Si Bruce Jenner – champion olympique du décathlon et aussi proche d’être un surhomme que peut l’être un humain de chair et d’os peut changer de sexe -, peut-on s’entendre que ça peut arriver à tout le monde?

Bruce Jenner n’était pas en guerre contre les hommes blancs hétéros. Il a changé de sexe et est devenu Caitlyn. Ou, plutôt, Caitlyn a pris le sexe qu’elle aurait dû avoir dès le départ. Ce n’était pas un combat politique, mais personnel.

Mais revenons à Superman, ce modèle de « héros traditionnel occidental ». Il est peut-être en effet plus « woke » qu’on pense.

Dans une publicité parue dans un comic book (ci-dessous), on voit Superman en train d’expliquer à des étudiants que « leur école, comme leur pays, est composée d’Américains de différentes races, religions et d’origines », que « parler contre quelqu’un en raison de sa religion de sa race ou de son origine est anti-américain », et qu’on ne devrait pas se gêner pour le dire.

C’était en 1950. Superman est woke depuis 70 ans.

-30-

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