La glissade de François Legault

Six mois sont une éternité en politique, disait Robert Bourassa. Selon l’échelle Bourassa, une année équivaut donc à deux éternités.

Ça semble s’appliquer parfaitement à François Legault.

Il y a à peine un an, M. Legault, fraîchement réélu, continuait de marcher sur les eaux et terminait l’année en tant que premier ministre le plus populaire au pays selon la firme Angus Reid, qui note les taux d’approbation chaque trimestre.

Dans mise à jour parue cette semaine, François Legault est bon dernier. M. Legault arrive même à se glisser derrière Rob Ford et Blain Higgs, qui occupaient les bas-fonds du palmarès précédent.

En septembre encore, M. Legault bénéficiait d’un taux d’approbation plutôt favorable de 47 %.

La débarque est spectaculaire. C’est aussi intéressant de suivre l’évolution, de trois mois en trois mois.

Décembre 2022. Bon premier.

Mars 2023. La baisse, relative due à la remontée des premiers ministres Furey et Moe (et à l’ajout de l’Île-du-Prince-Édouard dans le palmarès).

Juin 2023. Ça baisse, mais à 48 %, le taux d’approbation reste relativement élevé, malgré le gênant demi-tour effectué en avril sur le projet de troisième lien entre Québec et Lévis

Septembre 2023. Peu de mouvement, malgré le début d’une élection partielle mouvementée lors de laquelle le premier ministre a senti le besoin de préciser qu’il n’est pas un menteur. Les premiers ministres Higgs et Ford sont au troisième sous-sol.

Décembre 2023. La débarque.

À ce stade-ci, c’est presque pervers de se demander si M. Legault peut s’enfoncer encore davantage.

Une donnée peut apporter un élément d’analyse. Depuis les élections de 2018 et jusqu’à la campagne de 2022, les appuis à la CAQ s’étaient presque toujours maintenus entre 40 et 45 %, avec un sommet de 50 % pendant la dernière moitié de 2021.

Pendant la même période, le taux d’approbation envers le premier ministre n’est presque jamais descendu en bas de 55 %, et a même dépassé les 60 % pendant une longue période. Sa popularité personnelle dépassait celle de son parti par une confortable marge de 15, parfois 20 points.

C’était encore le cas en septembre dernier, alors que le taux d’approbation personnel de M. Legault (47 %) était de 13 points au-dessus des appuis de son parti (34 %). En d’autres mots, il était encore un atout pour son parti.

Aujourd’hui, cette marge a fondu. Le taux d’approbation de M. Legault est de 31 %, tandis que les deux derniers sondages donnent à la CAQ une moyenne de 27 % d’appuis.

Le plafond politique a descendu. Ou peut-être est-ce le plancher qui a cédé. Hors des électeurs de la CAQ, à peu près plus personne ne semble faire confiance à M. Legault.

La question qui va se poser avant longtemps est si ses propres ministres et députés vont maintenir la leur.

Il reste encore trois ans avant les prochaines élections, mais le premier ministre ferait peut-être bien d’attacher un parachute à sa planche à neige.

(Et, oui, l’image du premier ministre sur une planche à neige vient d’une vraie photo, prise dans sa cour.)

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Catégories :Politique

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