
(Version bonifiée d’un texte initialement publié dans Le Devoir)
Le parcours politique de Denis Coderre est impressionnant.
Entre 1997 et 2011, il a gagné six élections de suite dans la circonscription de Bourassa. Six mois après avoir quitté la politique fédérale, il est élu maire de Montréal en novembre 2013. Sept en sept!
Entre ses seize années comme député et ministre puis son mandat de maire, Denis Coderre aura occupé un poste d’élu pendant deux décennies complètes.
La manière compte aussi. Au sein du Parti libéral du Canada (PLC), M. Coderre a survécu à quatre chefs. Après sa défaite de 2017, il a repris la forme de façon spectaculaire. Il est maintenant de retour dans le regard public après s’être remis d’un accident vasculaire cérébral. Ce n’est pas banal.
Mais Denis Coderre est-il réellement un « gagnant », au sens politique? Et aidera-t-il vraiment le Parti libéral du Québec (PLQ), dont il convoite maintenant la chefferie?
Un sondage Léger montre que son arrivée à la tête du PLQ donnerait un modeste élan au parti. Le parti qui a dominé la politique québécoise depuis 150 ans passerait de la quatrième place… à la troisième.

La machine s’est emballée. « Effet Coderre ». « Vague » Coderre. Il pourrait même « ressusciter le PLQ ». Un peu plus et ça va se mettre à crier « Denis! Denis! Denis! » sur le chemin de Compostelle.
Le narratif du sauveur reste attirant pour les médias, qui se plient en quatre pour offrir une tribune à Denis Coderre, qui ne demande rien d’autre. Et puis, ça mettrait un peu de piquant dans la non-course à la direction du PLQ.
Mais quand on s’en tient aux faits, la balloune se dégonfle.
Avant sa série victorieuse à la Chambre des communes, M. Coderre a perdu ses trois premières élections. Une partielle en 1988 dans Joliette, remportée par un député progressiste-conservateur; une autre partielle en 1990, cette fois dans Laurier-Sainte-Marie contre Gilles Duceppe, alors nouveau venu en politique; et une défaite dans Bourassa lors de l’élection générale de 1993, contre Osvaldo Núñez, également du Bloc québécois.
Les débuts politiques de Denis Coderre attestent de sa persévérance, mais il reste qu’en langage de hockey, on parlerait davantage d’un Steve Bégin que d’un Guy Lafleur.
D’ailleurs, Emmanuel Dubourg qui a succédé à M. Coderre en tant que représentant du PLC dans Bourassa, a remporté ses quatre victoires avec une avance moyenne de 33 points, contre 18 pour celles de M. Coderre.
La course à la mairie de 2013
En 2013, Denis Coderre était largement favori pour emporter la mairie de Montréal. Richard Bergeron, le chef de l’opposition, était jugé trop radical. Les deux autres candidats visibles, Marcel Côté et Mélanie Joly – aujourd’hui ministre à Ottawa –, étaient inconnus du public.
Un mois avant l’élection, un sondage accorde 39 % des intentions de vote à M. Coderre, 16 points devant Richard Bergeron. Une semaine plus tard, un autre sondage lui donne 41 % d’appuis. Mélanie Joly est deuxième, à 26 %.
Le 3 novembre 2013, Denis Coderre est élu maire avec 32 % des voix, 6 points devant Mélanie Joly.
La campagne semble avoir nui à M. Coderre plus qu’elle ne l’a aidé. Plus les Montréalais le voyaient, plus ils cherchaient quelqu’un d’autre. Deux fois plus de gens ont voté contre lui que pour lui.
Aurait-il gagné dans une lutte à deux? On ne le saura jamais, mais on en a eu une bonne idée quatre ans plus tard.
La course à la mairie de 2017
L’élection de 2017 s’annonce comme une formalité pour le maire sortant. Valérie Plante est alors peu connue. En juin, Denis Coderre avait une avance de 16 points. En septembre, il menait par 9 points. Fin octobre, un sondage donne M. Coderre et Mme Plante à égalité. Un autre place Mme Plante en avant par 3 points.
Le 5 novembre 2017, Valérie Plante battait Denis Coderre par 6 points (51,4 % des voix, contre 45,7 %).
Certains diront que M. Coderre s’est battu lui-même. C’est peut-être un peu ça le point.

La course à la mairie de 2021
L’histoire s’est répétée en 2021, cette fois avec M. Coderre dans le rôle du comeback kid contre la mairesse Plante.
Printemps 2021, des sondages donnaient Denis Coderre gagnant par 17, 8 et 12 points. En août, l’avance était encore de 9 points. En septembre, elle avait fondu à un point. La campagne n’avait même pas officiellement commencé! Fin octobre, les deux candidats étaient à égalité. Juste avant l’élection, deux sondages donnaient Mme Plante gagnante, par 5 et 6 points.
Le 7 novembre, Valérie Plante déclassait Denis Coderre par 14 points, à 52,1 % contre 38,0 %.

Encore une fois, la campagne n’a pas aidé M. Coderre, qui a multiplié les bourdes. Imaginez une élection générale où les projecteurs de tout le Québec seraient constamment tournés vers lui, et dans laquelle quatre partis auraient intérêt à le faire trébucher…
Et le PLQ?
Le sondage Léger, qui donne Denis Coderre favori pour remporter la chefferie du PLQ, accorde aussi 21 % d’intentions de vote à un PLQ dirigé par M. Coderre. C’est mieux que le désastre de 2022. Mais c’est pire que lors de toutes les autres élections depuis que le PLQ existe…
Encore ici, une éventuelle campagne aiderait-elle M. Coderre, ou rappellerait-elle plutôt pourquoi on ne s’ennuie pas tant que ça de lui, politiquement parlant?
Même pour la chefferie, ce n’est pas réglé. Parmi les adversaires très hypothétiques nommés dans le sondage, un seul a confirmé sa candidature : le député Frédéric Beauchemin, qui a été expulsé du caucus libéral avant d’y être réadmis récemment.
Les quatre autres ont déjà dit qu’ils ne plongeraient pas : la députée Marwah Rizqy; le chef intérimaire Marc Tanguay; Antoine Dionne-Charest, fils de l’ancien premier ministre Jean Charest; et Balarama Holness, un candidat marginal à la mairie de Montréal.
Bref, Denis Coderre, en précampagne depuis un mois, battrait quatre candidats qui ne le seront pas, et un autre dont le PLQ ne veut pas vraiment. D’ailleurs, dans le même sondage, « Ne sait pas/refus » récolterait 33 % des appuis des électeurs libéraux; Denis Coderre, 27 %. Ça ne fait pas des enfants forts.
Comme quoi c’est peut-être un peu prématuré de parler d’« effet Coderre », de « vague » et de « résurrection ».

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Catégories :Élections, Démocratie, Politique
Le PLQ doit faire preuve d’humilité… et d’audace!
Durant son mandat, M. Coderre fut un maire aussi populiste qu’incompétent, se lançant dès son élection contre les salons de massages, accusés par lui d’embaucher des ‘juvéniles’ (sic), ce dont la police de Montréal fut incapable de faire la preuve.
Sa connaissance superficielle de ses dossiers, c’est l’achat des luminaires à 3000°K (contre l’avis de ses fonctionnaires), son intention de permettre la construction de tours résidentielles contraires à l’urbanisme de Montréal (qui protège la vue sur le mont Royal), la venue d’un ‘Grand Prix automobile’ électrique mal situé, etc.
Évidemment, il fit mieux que Gérald Tremblay, dont l’administration était pourrie à l’os.
Alors que se dessine l’assaut final d’Ottawa contre le peuple francoQuébécois par le biais d’un déluge migratoire et une politique d’ÉDI qui vise à instaurer partout une nouvelle discrimination à l’embauche qui s’ajoute aux exigences excessives de la connaissance de l’anglais, voilà que le PLQ sort des boules à mites ce nouveau ‘Sauveur’ destiné à nous faire oublier que le PLQ est fondamentalement le parti des Anglais.