Rentrée parlementaire : une opposition divisée et affaiblie

Les travaux parlementaires recommencent à Québec, dans l’ombre de la campagne fédérale.

Ça vaut la peine de s’y attarder, parce que l’opposition n’a jamais été aussi fragmentée.

Pour une rare fois dans l’histoire du Québec, on a cinq partis représentés à l’Assemblée nationale.

Fait encore plus rare, on a cinq partis qui ont une chance de faire élire des députés lors de l’élection de 2022.

Ce n’est arrivé qu’une seule fois en 150 ans, en 1976. Deux populistes avaient été élus, l’un en Beauce (tiens donc…), l’autre à Rouyn-Noranda.

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Un sondage récent, passé sous le radar, illustre la domination de la CAQ et la division de l’opposition en forces presque égales.

Il a été commandé par la CAQ, mais réalisé par une firme sérieuse, Synopsis Recherche Marketing, avec un échantillonnage comparable en nombre aux sondages publics réalisés par des firmes comme Léger ou Crop. On a demandé à près de 1500 Québécois pour qui ils voteraient si des élections avaient lieu aujourd’hui.

La CAQ, à 49 % d’appuis, en obtient autant que tous les partis d’opposition réunis (voir le graphique ci-dessus).

Chez l’électorat francophone, qui reflète plus fidèlement les luttes hors de Montréal, la domination de la CAQ est encore plus nette, avec 53% du vote.

Québec solidaire est bon deuxième chez les francophones.

Quant au PQ et au PLQ, ils atteignent des bas-fonds historiques.

Le PLQ ne doit sa deuxième place à l’échelle nationale qu’au soutien de des non-francophones, qui semble cependant moins indéfectible qu’il ne l’a déjà été (un sondage Léger réalisé en mai, donnait tout de même 22% d’appuis à la CAQ chez les non-francophones).

Le PQ et le PLQ sont également rattrapés par le Parti conservateur d’Éric Duhaime.

Pour l’ensemble de la province, le PQ – le parti de Lévesque, Parizeau, Bouchard et Landry – est nez-à-nez avec les troupes de Duhaime, à 9 %

Lorsqu’on ne considère que l’électorat francophone, c’est le PLQ – le parti de Lesage, Godbout, Bourassa – qui se retrouve à égalité avec le PCQ, à 9 % aussi.

Dans les deux cas, c’est toute une débarque.

Même sur l’île de Montréal, la CAQ est première, avec 36 % des voix. Pas dans dans le 450. Sur l’île!

Le PLQ suit dans Montréal avec 26 % des voix, et Québec solidaire avec 19. L’article ne précise pas les appuis du PQ et du PCQ sur l’île.

Cette enquête n’est qu’un seul coup de sonde, mais qui confirme néanmoins la tendance assez lourde depuis plusieurs mois, montrant une domination sans partage de la CAQ, et qui s’accentue au fil du temps.

Quels rebondissements?

Les commentateurs politiques commencent déjà à dépeindre un automne politique chaud en rebondissements. Dit comme ça, ça semble plus intéressant.

C’est vrai que de gros dossiers attendent nos parlementaires cet automne : le réforme de la loi 101, le manque criant de places dans les garderies, la pénurie de main-d’œuvre, entre autres, sans compter la pandémie, qui n’a pas dit son dernier mot.

C’est probable aussi qu’on ait des coups de théâtre parlementaire, sur les banquettes de l’opposition ou celles du pouvoir. Un scande est toujours possible.

En réalité, sur le plan des politiques publiques le gouvernement va faire ce qu’il veut, et déposer un bâillon en fin de session pour faire passer les projets de loi que l’opposition va réussir à ralentir.

On va s’énerver avant le début de la partie, comme avant la finale de la Coupe Stanley. Mais le Lightning a quand même gagné en cinq matchs…

Bien sûr, un gouvernement majoritaire possède un immense avantage dans notre système parlementaire, même s’il n’a été élu qu’avec une minorité de voix (comme c’est le cas de la plupart des gouvernements que le Québec s’est donné depuis 60 ans).

Cet avantage est encore plus net si l’opposition est fragmentée.

On va voir quatre partis d’opposition s’agiter pour avoir de l’attention médiatique. Le gouvernement va avoir environ la moitié de l’espace, même plus. Les autres vont se piler dessus pour tenter de remonter à la surface.

Ce n’est jamais bon qu’un gouvernement ne puisse être sérieusement mis au défi – peu importe notre couleur, peu importe nos préférences politiques. La concurrence rend meilleur, c’est vrai aussi en politique.

Dans la configuration politique actuelle, il n’y a à peu près aucune façon de concevoir qu’un des quatre partis à l’Assemblée nationale puisse prendre suffisamment de force pour représenter une menace sérieuse en vue des prochaines élections, qui auront lieu en octobre 2022.

Du point de vue des politiques publiques, le gouvernement risque fort de s’entêter, comme d’autres avant lui, simplement parce qu’il en a les moyens, et qu’il ne se sentira aucunement menacé.

On a vu ce que ça a donné pour la gestion de la pandémie.

Même si une armée de scientifiques et trois partis d’opposition hurlent depuis un an pour qu’on s’occupe de la ventilation dans les écoles et qu’on y déploie massivement les tests rapides, on attend toujours.

Pourquoi? Parce qu’il n’y a aucun coût politique à payer.

Même quand des enquêtes journalistiques ont montré à plusieurs reprises qu’un ministre a menti aux parlementaires, aux médias et à la population de façon répétée à propos de décisions pouvant affecter la santé de centaines de milliers d’enfants et d’adultes, pendant la plus grande crise sanitaire depuis en cent ans, impliquant en plus la santé publique dans des mensonges démontrés – ceci n’est pas une opinion politique – le gouvernement n’a pas bronché.

Ça ne risque pas de changer de sitôt.

-30-



Catégories :Démocratie

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