Le Québec devrait-il «importer» des médecins?

Les métaphores catastrophiques sur notre système de santé ne cessent de s’accumuler. On en a eu un exemple cette semaine encore, avec le cri du coeur de travailleurs de la santé épuisés, d’un océan à l’autre.

À bien des égards, c’est pire au Québec, où la performance de notre système n’était déjà pas reluisante avant la pandémie.

Il manque de tout, – d’infirmières, bien sûr -, mais aussi de médecins.

Où en trouver? Ailleurs!

Fait peu connu, le Québec est la province canadienne qui compte le moins de médecins formés à l’étranger, en proportion de son effectif médical, et par une très grosse marge.

Le Québec compte seulement 9% de médecins formés à l’étranger. Dans le reste du pays, c’est trois fois plus.

En Alberta et à Terre-Neuve, c’est quatre fois plus.

Dans la très «woke» Saskatchewan, c’est plus de la moitié.

Même l’Île-du-Prince-Édouard et le Yukon comptent plus de médecins formés à l’étranger que le Québec.

À l’évidence, la Belle Province a laissé quelques opportunités passer.

La proportion de médecins québécois formés à l’étranger a même baissé légèrement ces dernières années (de 10 à 9%) pendant qu’elle augmentait dans l’ensemble du pays (de 25,7 à 26,4%). Quand on dit qu’on ne s’aide vraiment pas…

Sur les quelque 21 000 médecins que compte présentement le Québec, environ 2000 ont reçu leur doctorat à l’étranger. Si le Québec rejoignait la moyenne canadienne, ça signifierait 4000 médecins de plus. On les prendrait, avouez!

(Le Québec a déjà un peu plus de médecins que la moyenne canadienne. Mais, manifestement, ça ne suffit pas. Aux grands maux…)

La rémunération des médecins québécois étant parmi les plus élevées au monde, on devrait être capable d’en attirer quelques-uns ici.

Et la plupart des pays développés ont bien plus de médecins que nous, et pourraient probablement se passer de quelques-uns d’entre eux sans se sentir trop coupable. Le premier ministre François Legault serait content, lui qui souhaite attirer les travailleurs étrangers gagnant plus de 56 000 $.

Évidemment, ça serait préférable de ne pas faire fuir les médecins qui veulent s’installer ici, comme on l’a fait avec certains médecins français, même certains ayant plus de 20 années de métier.

L’an dernier, des chefs des Premières Nations pensaient à faire venir dans leurs communautés des médecins de Cuba (qui en forme plus qu’elle n’en emploie). Peut-être que le Québec pourrait s’en inspirer…

Source des données : Institut canadien d’information sur la santé

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Catégories :Santé

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7 réponses

  1. Intéressantes stats; cependant cette différence est strictement due à la langue de travail. Par exemple, je sais pour cause qu’en Saskatchewan on importe des médecins du Nigéria (comme aux ÉU) mais on ne parle pas français au Nigéria. Et ainsi de suite.

  2. Merci de votre commentaire.
    C’est en partie vraie, mais ce n’est pas le facteur dominant.
    On me dit qu’environ 1000 médecins étrangers réussissent leurs examens et demandent à pratiquer au Québec, mais seulement une centaine arrivent à être jumelés à des médecins ici.
    Je vais y revenir lorsque j’aurai reçu des données précises.

  3. Puisque le nombre québécois de médecins par mille habitants est déjà un peu au-dessus de la moyenne canadienne, quel intérêt ?

    Cela serait souhaitable si le Québec réduisait de manière importante la rémunération des médecins du Québec (au niveau de celle des médecins français, par exemple), et que nos médecins, pour protester, s’expatrieraient en masse ailleurs en Amérique du Nord.

    Là, une hausse importante de l’accueil de médecins étrangers trouverait sa pleine justification.

    • À bien y penser — c’est là une manière élégante de faire volteface — je dois dire que l’idée se défend très bien dans la perspective d’offrir un médecin de famille à tous les Québécois, une tâche au sujet de laquelle ont échoué tous les gouvernements depuis des décennies.

      Toutefois, puisque la rémunération à l’acte favorise la multiplication des actes, pour prévenir l’explosion des couts, la diminution du ratio patients/médecin doit s’accompagner d’un changement du mode de rémunération.

      Or la rémunération par capitation est probablement le meilleur moyen de réduire la part du PIB utilisée pour rémunérer les médecins sans réduire la qualité des services.

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