Denis Coderre et la politique d’une autre époque

Denis Coderre a perdu contre Valérie Plante hier, pour la deuxième fois de suite.

La chute dans les appuis populaires a été spectaculaire. Lorsque M. Coderre a annoncé sa candidature, il avait 12 points d’avance sur sa rivale. Dimanche soir, il a perdu avec 14 points de retard, un renversement de 26 points en quelques mois seulement.

On oublie cependant que même à sa première tentative, M. Coderre avait reçu un appui très mitigé, bien qu’il était – et de loin – le candidat le plus connu.

En 2013, M. Coderre avait obtenu 32,2 % des votes des Montréalais, soit à peine le tiers. Si le vote n’avait pas été divisé entre quatre candidats, il est loin d’être certain qu’il l’aurait emporté. La deuxième au fil d’arrivée, Mélanie Joly, était alors une inconnue.

En 2017, M. Coderre était considéré comme invincible d’un point de vue politique. En incluant la mairie de Montréal en 2013, il avait remporté ses sept dernières élections, survécu au scandale des commandites, survécu aussi à la débâcle de 2011, où seulement sept libéraux avait été élus au Québec.

Dans une lutte à deux, ni son expérience, ni sa notoriété ne l’avaient aidé à battre Mme Plante, elle aussi une inconnue relative aux yeux du grand public, comme Mme Joly.

M. Coderre avait-il remporté la mairie par défaut en 2013? Autrement dit, la défaite de 2017 était-elle une anomalie, où était-ce plutôt la victoire de 2013?

Denis Coderre et son style politique avaient peut-être plafonné bien avant qu’on le pense.

En 2021, M. Coderre est revenu transformé. Certaines ont même parlé de résurrection.

Physiquement, l’ex-maire était en effet méconnaissable. Politiquement, les vieilles habitudes ont rapidement refait surface.

Son manque de transparence chronique est revenu le hanter, alors qu’il a sauté dans des cerceaux pendant plusieurs jours avant de finalement dévoiler une partie de ses revenus (sans qu’on sache combien d’argent sa compagnie de gestion avait empoché, ni qu’on puisse jeter un œil à sa déclaration de revenus).

On a reconnu le bon vieux Denis Coderre qui avait retiré en catimini le registre des invités du maire à l’hôtel de ville. On l’a appris trois ans après le fait

Le même qui avait aussi « oublié » de déclarer un chèque de 25 000 $ qu’il avait reçu d’un entrepreneur et organisateur politique pour l’aider à payer des frais d’avocat.

Le fil conducteur de tout ça est une tendance fâcheuse à nous prendre l’électeur pour des valises. Tous les politiciens font ça, mais M. Coderre a tendance à beurrer un peu plus épais.

Comme récemment, quand il a tenté de nous faire croire qu’il avait ramassé son téléphone cellulaire qui était tombé, alors qu’il pitonnait manifestement au volant. Après avoir passé deux jours à chercher une excuse en silence

Pendant la campagne, M. Coderre avait aussi coupé assez impoliment la parole à Mme Plante, en plein débat, profitant de son tic de langage (elle ricane) pour l’accuser de ne pas prendre le problème du logement à Montréal au sérieux.

C’était encore une fois peu subtil, presque grossier.

En fait, ça ressemblait à une façon de faire de la politique d’une autre époque, encore une fois.

C’est peut-être ça qui vient un peu de partir avec la défaite de M. Coderre, dimanche soir.

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Catégories :Démocratie

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